Le projet artistique

La MC93 a ouvert ses portes en 1980. Depuis le monde a changé et, de cette banlieue où nous travaillons, nous portons sur le monde un regard singulier. C’est ce regard qui fonde notre projet artistique.

Notre projet, c’est de rendre le monde visible, depuis la scène. C’est de raconter l’histoire de chacun car chacun en possède une. De raconter histoire des autres, qui est aussi la nôtre, puisque nous sommes sans cesse différents.

Tous les publics viennent à la MC93. De tous âges et de toutes conditions, ils arrivent de tous les coins d’Ile de France et au-delà. Il y a des puristes, des pragmatiques, des scolaires, des familles, des lettrés, des fanas de théâtre, des curieux de tout, de Stanislavski et d’Opéra de Pékin, de traditions Berbères et de danse contemporaine.

Il y a ces jeunes générations qui seront le public de demain, à qui nous devons transmettre les codes de ce qu’on appelle aujourd’hui « le patrimoine immatériel de l’humanité » des grandes traditions populaires et savantes. A nous de les aider à ouvrir les yeux, à libérer leur regard.

Il y a ceux qui connaissent les oeuvres et les artistes, qui cherchent comme nous l’œuvre d’art, qu’un artiste singulier a créée, et c’est le bonheur, au hasard d’un soir, sur une scène d’Europe.

Pour répondre à ce défi, nous avons créé au cours des années un collectif d’artistes, de troupes de comédiens, de metteurs en scène qui accomplissent un formidable travail de passeurs d’oeuvres auprès de tous ces publics. Jean-Michel Rabeux, Patrick Pineau, Michel Deutsch, Nicolas Bigards, Jo lavaudant, Jean-Yves Ruf, Jean-René Lemoine.... 

Ce sont les grands festivals du département, Africolor, Banlieues Bleues, les Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis qui forment l’architecture de nos choix en musique et en danse.

Shakespeare est joué presque chaque année, Tchekhov, souvent. Mais voilà qu’au fil du temps, notre théâtre s’est rapproché des livres (solitude, silence) qui disent autrement le monde où nous vivons. Les mots de Vassili Grossman, Roberto Bolaño, Bernanos, Gogol, Flaubert, Lobo Antunes, Barthes, Dos Passos, Boulgakov, Pierre Michon, Olivier Rolin, Péter Esterhazy vivent sur scène une autre vie. Et nous aussi.  

Chaque année, un festival international de théâtre, le Standard Idéal, fait le point sur l’état du monde au théâtre. La Volksbuhne a été notre compagnon de route Berlinois pendant dix ans. Les spectacles de Frank Castorf, René Pollesch, Marthaler, Christoph Schlingensief, Dimiter Gotscheff, David Marton venaient presque tous de la Rosa-Luxemburg-Platz.

Nous avons accueilli Simon McBurney et Karin Beier, David Bösch et Jurgen Gosh, Calixto Bieito et Toni Servillo, le Burg Theatre de Vienne et le Piccolo Teatro de Milan. Lev Dodine et le Maly de Saint-Pétersbourg sont depuis toujours chez eux à la MC93. Pendant une décade nous avons accompagné Arpàd Schilling, auquel succède maintenant un autre brillant jeune artiste hongrois, David Marton.

Mais que ce théâtre soit proche ou lointain, qu’il s’agisse d’opéra, de danse ou de « prose » comme on dit en Italie, nous ne trichons jamais. Et une même ferveur nous anime, celle de vous apporter la beauté, le coeur, la bravoure, l’intelligence, le talent, tous ces mots qui se fondent en un seul, « l’art » des grands écrivains, des grands créateurs, des grands acteurs.

Patrick Sommier, mai 2011.