VASSILI GROSSMAN
LEV DODINE
Spectacle en russe surtitré
REPRISE

10 > 16 MARS 2008
du lundi au samedi à 20h, dimanche à 15h30, relâche le 13 mars
Salle Oleg Efremov

Théâtre Maly, Saint-Petersbourg
Basé sur le roman de Vassili Grossman
Adaptation, mise en scène Lev Dodine

Collaboration artistique
Valery Galendeev
Scénographie Alexei Porai-Koshits
Lumières Gleb  Filshtinski
Costumes Irina Tsvetkova
Coordination musicale Mikhail Alexandrov, Evgeni Davydov

Avec les acteurs du Maly Drama Théâtre ;Théâtre de l’Europe
Elizaveta Boyarskaya, Tatiana Chestakova, Oleg Dmitriev, Pavel Gryaznov, Ekaterina Kleopina, Alexandre Kochkarev, Anatoly Kolibyanov, Danila Kozlovski, Sergei Kozyrev, Sergey Kouryshev, Valery
Lappo, Urszula Malka, Alexi Morozov, Stanislav Nikolskiy, Adrian Rostovskiy, Daria Roumyantseva, Oleg
Ryazantsev, Vladimir Seleznev, Elena Solomonova, Alena Starostina, Igor Tchernevitch, Anastasia Tchernova,
Stanislav Tkachenko, Georgi Tsnobiladze, Vladimir Zakharyev, Alexey Zubarev

Production Maly Drama Theatre - Theatre Of Europe
Sponsor du spectacle NORILSK NICKEL

avec le soutien de l'Agence pour la culture de Russie et de RAO UES de Russie
Sponsor du Maly Drama Théâtre- Théâtre de l'Europe KINEF

Directeur artistique du Maly Drama Théâtre- Théâtre de l'Europe Lev Dodine

Création mondiale le 4 février 2007 à la MC93 Bobigny
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Informations utiles
Durée 3h avec entracte
Pour réserver ce spectacle :
Réservation en ligne MC93
Réservation en ligne FNAC
Par téléphone : 01 41 60 72 72
du lundi au samedi de 11h à 19h
Pour les relais : 01 41 60 72 78
 
Télécharger (format PDF) :
La fiche spectacle
Le dossier de presse
Le plan d'accès
 
Pour en savoir plus : contacts
MC93 Bogigny
1, bd Lénine
93000 Bobigny
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puce Lev Dodine invité de Laure Adler dans Studio Théâtre, France Inter
Samedi 15 mars 2008 à 18h10
Dans la presse en février 2007
Lev Dodine, le dramaturge qui veut réveiller la Russie. Anne Dastakian. Marianne. 17 février 2007.
Ce spectacle-fresque entremêle les destinées d'une trentaine de personnages dans une grande épopée collective. Traversé de moments bouleversants, le moins qu'on puisse en dire est qu'il touche le public dans sa fibre sensible. Julie de Faramond. Fluctuat.net. 14 février 2007.
Dans le gris de la mémoire russe. Fabienne Darge. Le Monde. 7 février 2007.
Une puissance magistrale. Armelle Héliot. Le Figaro. 6 février 2007.
Vie et Destin. Mots pour maux. René Solis. Libération. 6 février 2007.
Vie et destin, un brûlot dangereux. Didier Méreuze. La Croix. 6 février 2007.
Vie et Destin de Vassili Grossman. Joshka Schidlow. Télérama. 6 fev 2007.
Baptême théâtral réussi pour "Vie et destin" de l'antitotalitariste Grossman. AFP. 5 février 2007.
Crimes et déchirements. Laurence Liban. L'Express. 2 février 2007.
Lev Dodine, une sentinelle contre l'oubli. Marion Thébaud. Le Figaro. 2 février 2007.

Troupe de choc. Mariam Diop. Bonjour Bobigny. 30 janvier 2007.
A lire ou à relire
Vassili Grossman
Oeuvres Robert Laffont, Collection Bouquins.
Vie et destin de Vassili Grossman Edition L'Age d'Homme

Vie et destin de Vassili Grossman. Traduction Alexis Berelowitch avec la collaboration de Anne Coldefy-Faucard. Edition Livre de Poche.
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Photos répétitions © Viktor Vasiliev
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Un terrain de volley-ball avec son filet comme un grillage, qui coupe en diagonale le plateau où sont placés un buffet, une table, un lit de fer, un piano et, dans le fond, une haute glace et une baignoire. C'est dans cet unique décor que va se dérouler Vie et destin de Vassili Grossman adapté par Lev Dodine qui nous fait passer du ghetto de Berditchev à un appartement moscovite ou à la ligne de front de Stalingrad, au goulag et à un camp nazi.

Vie et destin, roman-fresque, devait être le Guerre et Paix du XXe siècle. Son auteur, Vassili Grossman (1905-1964) écrivain soviétique de renom, y faisait revivre l'URSS en guerre à travers l'histoire d'une famille dont les membres partageaient la vie quotidienne du peuple russe, depuis Stalingrad assiégée jusqu'à Treblinka libéré par l'Armée rouge. Mais, audace stupéfiante, l'auteur s'y interrogeait aussi sur la terrifi ante convergence du communisme de Joseph Staline et du nazisme d'Adolf Hitler. Et pour aggraver son cas, Vassili Grossman, co-auteur avec Ilya Ehrenburg du Livre noir sur l'extermination des juifs par les nazis sur les territoires de l'URSS, y revendiquait sa judaïté à travers l'évocation de la mère de son héros assassinée par les Einsatzgruppen. Envoyé en 1960 à la rédaction d'une des plus prestigieuses revues soviétiques de l'époque pour être publié, le roman fut aussitôt confi squé. Malgré ses protestations on assura à l'auteur que son roman ne serait jamais publié, en tout cas "pas avant 200 ans". Heureusement, le roman parut vingt ans après en Occident et fut aussitôt considéré comme une oeuvre majeure.

Pour son adaptation, sur laquelle il a travaillé avec ses élèves et sa troupe pendant plusieurs années, Lev Dodine a choisi comme fil conducteur le chapitre emblématique de "la lettre de la mère" devenu ici récitatif qui rythme tout le spectacle. Comme une confirmation de Walter Benjamin : "La mort est la sanction de tout ce que relate le conteur. C'est de la mort qu'il tient son autorité".

Ovationné à chaque représentation lors de sa création mondiale en février 2007 à la MC93, Vie et destin s'inscrit dans le répertoire du Théâtre Maly aux côtés de l'admirable Frères et soeurs.

Toute l'oeuvre de Vassili Grossman est éditée dans la collection Bouquins - Robert Laffont

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Photos répétitions © Viktor Vasiliev
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Vassili Grossman est né le 12 décembre 1905 à Berditchev, l'une des «capitales» juives d'Ukraine, dans une famille, non croyante, qui ne parlait pas yiddish. Après des études à Kiev, puis à Moscou, il obtient son diplôme d'ingénieur chimiste en 1929 et commence à écrire. Installé dans la région du Donbass, il revient peu de temps après à Moscou. Encouragé par Gorkii, il abandonne son premier métier pour se consacrer entièrement à l'écriture. En 1934, il publie un récit Dans la ville de Berditchev sur la Guerre civile et un roman Glückauf sur les mineurs du Donbass. Auteur prolixe d'un roman en quatre parties, Stépane Koltchouguine, l'histoire d'un ouvrier révolutionnaire, et de nombreux récits, il a tous les titres pour être admis à l'Union des écrivain en 1937..
Lorsque la guerre éclate en URSS en 1941, Vassili Grossman se porte volontaire et entre à la rédaction du journal de  l'Armée rouge qu'il suit jusqu'à Berlin. Avec Ilya Ehrenbourg, il est alors le correspondant de guerre le plus populaire .
Les massacres massifs de civils juifs par les nazis, la Shoah à ses débuts, dans lesquels il va perdre sa mère sont un énorme traumatisme dont on retrouve déjà l'écho dans le recueil de témoignages intitulé le Livre noir. Participant actif à la bataille de Stalingrad, entré en 1943, avec l'Armée riouge, à Treblinka, il est  l'un des premiers journalistes à décrire l'horreur des camps de la mort.
Aussitôt la guerre finie, les attaques contre sa pièce Si l'on en croit les pythagoriciens l'interdiction du Livre noir, la repression qui s'abat sur le Comité antifasciste juif, l'antisémitisme d'état, vont contribuer à ce long travail philosophique et littéraire  qui marquera ses dernières oeuvres.
Le tournant s'amorce  avec  Pour une juste cause,  en 1952, début d'une fresque épique sur la dernière guerre, encore conforme aux canons du réalisme-socialiste, louée puis sévèrement dénigrée par la critique aux ordres. Le manuscrit du second volet intitulé Vie et destin qu'il présente en 1960, où il ose un parallèle entre nazisme et stalinisme, est aussitôt confisqué malgré ses protestations auprès de Khrouchtchev. Ostracisé n'écrivant plus que «pour le tiroir», comme son roman Tout passe ,Vassili Grossman meurt désespéré, le 14 septembre 1964, d'un cancer foudroyant.
Vie et destin paru vingt ans plus tard en Occident à partir d'une copie cachée chez des amis, est reconnue aussitôt comme une oeuvre majeure s'inscrivant dans la tradition humaniste du grand roman russe «Il n'y eut pas de temps plus dur que le nôtre, mais nous n'avons pas laissé mourir ce qu'il y a d'humain dans l'homme».

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Rencotre avec Lev Dodine en 2006
Il se trouvait à Paris pour la reprise de Salomé à l’Opéra-Bastille. Je l’ai rencontré le 13 septembre 2006.
Michel Parfenov
Vous avez choisi le roman Vie et destin de Vassili Grossman pour votre prochain spectacle alors que la société russe d'aujourd'hui ne souhaite manifestement pas revenir sur son passé.

C'est bien cette capacité d'oubli, cette volonté d'oubli, qui nous ont interpellé. Cela concerne tout aussi bien l'Europe mais surtout, bien sûr, la Russie. On a eu un moment l'espoir de voir le peuple russe affronter ce passé. C'était à la fin des années 80, début 90. Mais ceux qui souhaitaient ce retour n'étaient, en fait, qu'une petite minorité. Nous voulions croire que c'était le peuple alors que ce dernier était fatigué de tout cela. Et il s'est avéré que l'intelligentsia n'en pensait pas moins.
Cela fait une vingtaine d'années, même plus, que j'ai découvert Vie et destin et, plus d'une fois, j'ai eu la tentation de le monter. Mais c'est seulement maintenant que j'ai compris qu'il fallait absolument le faire et que j'en avais les moyens.
Nos maux d'aujourd'hui viennent  de notre passé. Le présent en tant que tel n'existe pas. Comment, en effet, imaginer un présent sans passé ni futur ? Ce n'est qu'un bout du chemin. Aussi bien, cette volonté d'être uniquement dans le présent est mensongère. Le présent ne peut exister sans perspectives historiques.
Il faut ajouter que ce spectacle entre dans le cadre d'un enseignement. Comme vous le savez notre cursus à l'Académie théâtrale de Saint Petersbourg s'étend sur cinq ans et j'avais envie que nos élèves, pour leur premier spectacle, s'imprègnent de valeurs morales susceptibles de les guider dans leur vie et dans leur travail. Cette jeunesse, comme celle de l'époque soviétique, est quelque peu abêtie. Tout spécialement aujourd'hui même s'il s'agit d'une autre idéologie, diffusée par la télévision, où n'est question que de commerce... Il n'en demeure pas moins que la jeunesse reste attirée par l'idéalisme. Elle y est prête avec le danger inhérent de voir cet élan canalisé vers le fascisme, le nationalisme, le fondamentalisme. C'est bien pourquoi il importe de leur enseigner le passé, leur histoire, l'histoire de l'Europe. Et ces trois ans passés avec Vie et destin seront déterminantes dans leur vie et bien sûr dans la mienne puisque cela va conditionner la vie de notre théâtre.

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Comment est né le spectacle ?

Comme toujours, comme pour Frères et soeurs, Gaudéamus, Claustrophobia, nos étudiants ont pris le texte du roman pour leurs exercices. Comme base de leur apprentissage. Au lieu de jouer abstraitement avec "le samovar, on boit le thé", nous avons voulu que cela se fasse avec les matériaux de Vassili Grossman. Apprendre la technique pure n'a pas de sens... d'abord des exercices abstraits puis ensuite la même chose mais avec du texte. Pourquoi ne pas y aller directement, l'apprenti-acteur doit jouer « à se baigner », bon, il se baigne, il se met à l'eau et puis après ' il n'y a pas de contenu. Au début, ils ne comprenaient rien au livre, ils l'ont bien relu vingt fois depuis qu'ils ont commencé jusqu'à l'examen de première année dont la dominante était le livre. Des bouts d'abord puis ils ont tout joué, enfin ils ont commencé à élaguer. Il y a un an, je leur ai donné une liste des passages dont nous aurions sûrement besoin. Un socle et ils ont encore éliminé, puis on a eu des regrets et on en a rétablis.

L'an dernier, après avoir supprimé définitivement un morceau, on s'est rendu compte qu'on avait eu tort car une fois une ligne adoptée... disons, celle de l'opposition, du contraste... il faut s'y tenir. Ainsi on voit le physicien Strum, un des personnages centraux du livre, qui attend d'être arrêté. Il a peur mais cela ne serait que du bavardage si on ne montrait pas à ce moment-là le goulag, ce qui se passe dans les camps. Sa peur prend un tout autre sens. Ce n'est pas simplement quelqu'un qui a peur.
Avec les personnages de Génia et de Krymov, le commissaire politique qui est arrêté, on touche au problème de la culpabilité collective, l'antienne "on ne savait rien des camps, on ne savait pas ce qui se passait". J'ai des amis en Allemagne qui me disaient "on ne savait rien, Hitler construisait des autoroutes, il résorbait le chômage, la délinquance avait disparu, tout allait bien, comment aurait-on pu penser que, là-bas, se perpétrait de pareilles choses". A l'époque soviétique on ne pouvait pas ne pas savoir.
Hitler n'anéantissait les siens qu'à de très rares occasions, ses vrais ennemis étaient les Juifs, les communistes, les ploutocrates européens. Staline, comme Lénine avant lui, avait décidé que pour réformer le peuple plus rapidement, il fallait anéantir la paysannerie qui représentait les 3/4 de la population. Tous deux haïssaient les paysans, pour eux il était impossible de fonder une civilisation moderne tant qu'ils subsisteraient. Donc, il les anéantit, car il était du genre à faire ce qu'il disait et à réussir ce qu'il faisait. Tout le monde donc savait en son fors intérieur. Nous le montrerons à travers deux personnages...

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Vos élèves connaissaient-ils le roman de Vassili Grossman à leur entrée à l'Académie ?

Ils ne connaissaient pas plus le livre que les événements qui en composent la trame. Ces jeunes gens ne savaient rien si ce n'est qu'un grand homme, appelé Staline, avait existé et qu'à son époque l'ordre régnait, que ce n'était pas le bordel d'aujour'hui, que la justice triomphait, qu'il n'y avait ni riches, ni pauvres. Incroyable ! Ils ont entre 20 ans  et 29 ans, la plupart sont très jeunes. Un de leurs problèmes, comme ils me l'ont confié, est leur difficulté à communiquer avec leurs parents. Ils se sont adressés à eux pour leurs poser des questions concernant les sujets qu'ils abordaient dans leur travail sur Vie et destin et ces derniers ne voulaient rien entendre. En fait les parents se sont révélés presque tous « staliniens », que le père soit ouvrier ou bien "businessman", un "businessman" de 40 ans, celui-là précisément qui aurait été proprement liquidé à son arrivée dans un camp de l'époque. Le cauchemar qu'était le stalinisme est devenu un rêve idyllique.
A l'inverse, il s'est trouvé une jeune fille  dont le grand-père avait été fusillé sous Staline qui a pu parlé avec ses parents mais seulement quand elle leur a dit sur quoi elle travaillait. Ils lui ont raconté alors la vraie histoire familiale. Jusqu'à là, ils n'osaient pas, ils préféraient se taire.
Notre travail théâtral va donc à contre-courant, mais c'est l'honneur du théâtre de résister. J'étais, il y a peu, à Zagreb où l'on s'entretenait du théâtre soviétique de l'époque des Efremov, Efros, Lioubimov, Tastanogov' un théâtre à son apogée alors que son contexte politique était plus que difficile. C'était le fait de résister, « la résistance », qui lui donnait sa force. Il fallait s'opposer au mensonge. Aujourd'hui de nouveau, plus que jamais il faut résister, s'opposer au mensonge. S'opposer au mensonge d'état était une tâche noble mais s'opposer à la société, à la nation, à l'opinion publique, est beaucoup moins "noble". Il n'en demeure pas moins que la théâtre ne peut se soustraire à cette mission.
Il va être intéressant de voir comme sera perçu ce que nous dirons du fascisme, du stalinisme, de l'antisémitisme qui n'a jamais été évoqué sur une scène russe. Si on y arrive, ce sera la première fois qu'on parlera de l'Holocauste qui viendra ici en écho à la montée de l'antisémitisme en Europe qui avait laissé en son temps se faire assassiner, sans broncher, des millions de Juifs. On y évoquera aussi l'antisémitisme quotidien du temps de l'Union soviétique, au centre du roman, il y a la tragédie de Sturm, obligé de remplir un questionnaire où il doit indiquer qu'il est juif puis de faire son autocritique. Il craque mais il lui reste assez de force pour le reconnaître.
Le roman de Grossman est complexe ' il faut entrer dedans comme quand on entre dans Guerre et paix. Cela fait plus de 20 ans que je le lis. Je viens encore de le relire pendant les vacances et j'y ai trouvé plein de choses nouvelles, des pensées nouvelles... Il y a ce fabuleux chapitre sur la pensée scientifique, sur la découverte scientifique transposable parfaitement pour la création artistique. Grossman  décrit la naissance d'une idée, son cheminement dans le cerveau, la fulgurance de la découverte... Notre jeunesse pragmatique avide de recettes veut connaître le mode d'emploi alors que là il s'agit de tergiversations, de doutes, de comment telle erreur va engendrer telle autre et puis brusquement l'idée arrive à maturité alors qu'elle cheminait lentement...
Dire que quand le livre est paru, on a eu des réticences du genre "encore un livre sur le goulag , qu'est-ce qu'il peut bien nous apprendre après Soljénitsyne"... ce dernier a fait d'ailleurs un très bel article sur Grossman.

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Comment avez-vous travaillé pour ce spectacle ? Comme pour Frères et soeurs vous êtes allés sur les lieux de l'action qui sont comme autant de lieux de mémoire ?

Pour Vie et destin, cela fut beaucoup plus difficile que pour Frères et s'urs. Dans  ce dernier cas, il suffisait d'aller à la campagne, on connaissait déjà beaucoup de choses, les petites vieilles étaient là qui pouvaient raconter.
Par contre le goulag de l'époque de l'Union soviétique  vous ne le verrez plus nulle part à la différence d'Auschwitz, car tout a été détruit. Très loin, vous trouverez peut-être, par hasard, un baraquement déglingué dans la taïga...
Un étudiant a consulté les archives du KGB, un autre qui va jouer Strum s'est rendu à Kazan et s'est entretenu avec des habitants qui se souvenaient des savants « évacués ». Il est important de sentir l'odeur de l'époque, cela évite les lieux communs, les stéréotypes si présents dans l'art soviétique  mais aussi aujourd'hui où on embellit le passé, où on veut vous faire croire à la « beauté » des années trente. Beaucoup de films, spécialement pour la télévision, ont été tournés récemment sur cette époque. L'exemple le plus flagrant  est celui de l'adaptation de la Saga moscovite de Vassili Axionov. Alors que dans le livre un tchékiste, agent provocateur, viole une opposante, dans l'adaptation télévisuelle, il écoute sa victime réciter des poèmes de Mandelstam !

Avec notre collectif, nous avons pu séjourner à Norilsk, un des hauts lieux du goulag. Nous avons trouvé un ossuaire dans la taïga, rencontré d'anciens zeks âgés, des vieux et des vieilles. Cela avait d'abord pris un petit caractère officiel mais la vodka aidant (celle que nous avions apportée), le pain et le sel, les langues se sont déliées. C'étaient surtout des paysans déportés parmi des dizaines de millions de paysans. Beaucoup des survivants sont restés sur place et ceux qui étaient repartis chez eux sont même souvent revenus « c'était trop triste là-bas ». Au début, ils nous disaient que cela n'avait pas été si terrible que ça, qu'il n'y avait pas eu tellement d'horreurs et puis dès qu'ils se sont mis à raconter, ils se sont lâchés.
Ensuite nous avons été à Auschwitz, un autre  choc. J'avais déjà été à Buchenwald  mais je n'avais pas rien vu d'aussi près, si en détails. Nous avons interrogé des survivants des sonderkommandos, des victimes eux aussi, Je leur ai demandé de quoi ils parlaient entre eux en accomplissant leur tâche...
On a fait un filage dans le camp grâce à nos amis polonais qui nous ont beaucoup aidé. Nous avons joué la nuit, dans le noir, sans public. Ils n'ont jamais  aussi bien joué mais une fois revenus, à Saint-Petersbourg, pour les mêmes scènes, c'était fini, ils étaient tout ce qu'il y a de mauvais. Heureusement que nous avions filmé à Auschwitz !
Quand bien même notre spectacle ne devrait avoir aucun succès, ces trois ans passé ensemble ainsi n'auront pas été vécus en vain.

Vous  avez été à Stalingrad ?

Non, car la guerre n'est pas présente dans le spectacle. Impossible de jouer la guerre et la paix. Il faut choisir. Impossible de tout mettre, nous avons choisi un format de 3 heures 30 avec deux entractes. Si nous l'avions fait en deux soirées, nous aurions dû dans ce cas inclure la guerre, ce qui n'était pas dans nos moyens...

Combien d'acteurs ?

Vingt-cinq en tout. Ce qui est peu pour une telle histoire. Des étudiants, des stagiaires, des acteurs chevronnés de la troupe.

Et le décor, l'espace scénique ?

Comme pour Gaudeamus, Claustrophobia, Platonov, j'ai travaillé avec Alexis Porai Kochets. Je crois que nous avons trouvé la solution : un espace unique pour toute l'action. Un espace lyrique parce que chez  Grossman rien n'est purement épique, il y a un profond psychologisme, un profond lyrisme. Les motifs lyrico-philosophiques doivent se fondre et en même temps contribuer à la distanciation brechtienne. On ne peut représenter Auschwitz sur scène alors que ce serait possible au cinéma si on a le talent d'un Guerman. Dans Kroustaliov, ma voiture, le cinéaste a réussi, si ce n'est tout, du moins à rendre l'atmosphère de l'époque, l'air du temps, la facture. Au théâtre, c'est impossible. Il y aura des motifs mais Auschwitz est impossible à représenter. Pareil pour le goulag. On a bien trouvé un baraquement délabré... Les lieux de l'action seront les suivants : le goulag, les camps allemands symbolisés par Auschwitz, Moscou (  l'appartement et l'institut de recherche), Kouïbichev, la ville de l'évacuation, et pour finir, l'offensive des tanks de Stalingrad. Chez Grosman tout est lié , tout est organique et Novikov qui commande l'offensive des blindés, amoureux de Génia dont l'ex-mari, Krymov, a été arrêté, trouve une liberté incroyable grâce à cet amour  jusqu'à désobéir à un ordre de Staline pour épargner ses hommes. Le roman de Grossman est rempli de motifs très fins comme celui-là. Encore faudra-t-il les donner à voir et à entendre...
Quelques jours après ma rencontre avec Lev Dodine je suis tombé dans un livre de Erri De Luca  sur cette phrase qu'aurait très bien pu écrire Vassili Grossman : « Quand l'armée russe ouvrit les portes d'Auschwitz et de Birkenau, elle ne s'aperçut pas tout de suite qu'elle avait forcé la suprême cathédrale de l'infamie. C'était l'après-midi du 27 janvier 1945. Dans un entrepôt du camp, on trouva rassemblées et emballées sept tonnes de cheveux. Les nazis tondaient le troupeau de Yod, avant  de l'anéantir ».
L'armée russe qui avait remporté à Stalingrad la première grande victoire sur l'infamie...

Propos recueillis par Michel Parfenov le 13 septembre 2006 à Paris
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Maly Drama Theatre
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Résonance RFI. Benoît Ruelle, Marie-Noëlle Gindreau. Invité: Tzvetan Todorov, préfacier des «oeuvres» de Vassili Grossman, rééditées chez Robert Laffont
Pour une juste cause de Vassili Grossman - De Stalingrad à Staline. Article de Marie-Agnes Combesque, 27 mars 2001. L'Humanité.

Musée d'Art et d'Histoire du judaïsme Hôtel de Saint-Aignan 71, rue du Temple 75003 Paris T 0153018660

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