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LA MC93 MENACEE

 
 
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Communiqué du personnel permanent et intermittent technique et administratif de la MC93 Bobigny - Le 10 novembre 2008

Le 25 septembre 2008 : Projet de délocalisation de la Comédie-Française à Bobigny, sans concertation avec la MC93
Depuis, des centaines de messages de soutiens, des engagements forts d’équipes artistiques qui ont eu plaisir à travailler à la MC93, des courriers de spectateurs, d’abonnés, d’artistes, et aussi le texte de la troupe du Français…
Les mots et réactions de Patrick Sommier.
Des mots qui racontent, qui touchent, qui portent une vue sur la MC93, son histoire, ses projets artistiques et aussi sur notre avenir, sur l’avenir du théâtre, sur une page de l’histoire du théâtre en France.
On pourrait lire tout ceci sous l’angle de notes griffonnées sur un grand livre d’or exposé dans le hall du théâtre ou de centaines de lignes virtuelles publiées sur le net. Mais c’est bien plus.
Alors un grand merci pour tous vos soutiens !
De notre côté, dans cette période trouble, nous étions inquiets et le sommes toujours. Mais le meilleur qu’on pouvait affirmer, c’était de continuer à faire fonctionner notre théâtre comme toujours et au mieux, c’était d’accueillir nos 3 450 spectateurs de Ste Jeanne des Abattoirs sur les 17 représentations et 2 supplémentaires, c’était de continuer le travail avec l’équipe de Jean-Yves Ruf en répétition, c’était d’accueillir David Bösch, Klaus Weise, Sebastian Baumgarten, Marthaler et leurs troupes et Linda Lê pour sa lecture au grand plaisir du public d’où qu’il vienne.
Le 6 octobre, jour de la conférence de presse à la mairie de Bobigny, nous étions mobilisés avec vous tous présents ce jour-là. Mais en même temps dans nos bureaux c’était 25 000 tracts de Mesure pour Mesure qui partaient en direction de nos relais, lieux de dépôts et abonnés, l’envoi de notre brochure de saison par milliers. C’était encore quelques étages plus haut la fabrication des quarante costumes de Mesure pour Mesure par nos équipes de costumières et couturières, dans nos ateliers de construction du rez-de-chaussée la finalisation des décors pour le musée du Bourget et pour Mesure pour Mesure par nos constructeurs serruriers, menuisiers et peintres. Sur le grand plateau nos techniciens recevaient les équipes étrangères, déchargeaient, montaient, démontaient et chargeaient 4 décors très imposants en 7 jours. Le bureau de production s’organisait pour accueillir personnellement la centaine de personnes du Festival Rhénanie et de Marthaler et veillait à ce que toutes les questions imprévues finissaient par trouver une réponse.
Tous les jours durant ces semaines de tergiversations, ce sont 46 permanents, 150 intermittents et 4 apprentis qui parfois avec angoisse et surtout avec stupéfaction ont découvert les écrits et dires de la presse, le dossier de presse du ministère de la culture et la vidéo sur le net, les affiches « Bienvenue à la Comédie-Française » placardées sur les panneaux municipaux, sans se préoccuper de notre existence !
Alors oui, encore merci, pour vos soutiens, mais ne  baissons pas la garde. Une telle mobilisation permettra à n’en pas douter à « tous de s’en sortir par le haut, c’est à dire par le Théâtre. »

   
 

"La place importante de la MC93 dans le panorama culturel français a été réaffirmée. L’existence, le statut, l’identité, l’équipe ainsi que les ambitions artistiques de la MC93 ne sont en effet nullement remis en cause."
Extrait du communiqué du Ministère de la Culture à l’issue de la rencontre entre la Comédie-Française et la MC93, le 14 octobre 2008.

Nous prenons acte de cet engagement de l’Etat.

Au cours de cette réunion, le ministère a demandé à la MC93 et à la Comédie-Française, une réflexion sur une collaboration à l’horizon 2011/2012.

Nous avons accepté, d’abord parce que nous avons toujours privilégié le dialogue, ensuite parce que nous n’avons aucune raison de fermer la porte à la troupe de la Comédie-Française.  Ni mariage, ni délocalisation, mais une réflexion commune qui  pourrait dans l’idéal associer les comédiens des deux institutions.

Ce 14 octobre, comme je demandais à Muriel Mayette quels étaient ses projets à la MC93, elle me répondit "je veux faire ce que vous faites !".  Les troupes, l’Europe, le répertoire.

Peut-on nous expliquer, pourquoi on donnerait à Muriel Mayette, un financement "pour faire ce que nous faisons" alors qu’on nous le refuse depuis des années ?

Depuis sept ans, la MC93 est lâchée. Plus d’un demi-million de charges  supplémentaires ! Même la maintenance du bâtiment est  à notre charge… au détriment des salaires des comédiens.   

Dans un tel contexte d’asphyxie budgétaire, la solution miracle qu’on voulait imposer avec l’installation de la Comédie-Française dans la MC93, tenait de la provocation.

Aucune réflexion sérieuse n’avait précédé, aucun budget, aucune étude, aucune évaluation, pas de consultation des professionnels, de l’équipe, du public.

Mais c’est de la vie d’un théâtre dont il est question. On nous a demandé une réflexion et nous avons accepté.

Nous verrons  les intentions du ministère au moment des arbitrages budgétaires 2009.

Plus que jamais restons mobilisés.

Merci encore et toujours à tous pour nous avoir écrit, parlé, soutenu. Encore une fois, notre combat n’est pas corporatiste mais humaniste, philosophique. 

Le festival de la Rhénanie du Nord-Westphalie a été un succès. Bernard Sobel a fait le plein (100% !!!  et  deux supplémentaires) ! Marthaler aussi. Les deux spectacles ont fait un triomphe. Il y avait un beau public mélangé,  des quatre-vingt-treiziens, des Ile-de-Franciens et il y avait même des gens de la capitale.

Mesure pour Mesure, c’est le 7 novembre ! Venez dès le début ! Soutenez les équipes d’artistes de la MC93.

Patrick Sommier
Le 21 octobre 2008

   
  Menace sur la MC93 – Communiqué de Patrick Sommier - 8 octobre 2008

Le 25 septembre, à la veille de l’ouverture de la saison, nous apprenions avec stupéfaction que le Ministère de la Culture avait réuni rue de Valois les tutelles de la MC93 (Conseil Général de Seine-Saint-Denis et Ville de Bobigny), un représentant de la Région Ile de France ET Muriel Mayette, administratrice de la Comédie-Française pour discuter des modalités de l’absorption de la MC93 par la Comédie-Française.

Révélé au dernier moment par la presse, ce qui se tramait en secret depuis des mois sans que la direction de la MC93 en ait été informée, a provoqué un véritable tollé et une émotion allant bien au-delà du microcosme théâtral.

Convoqué au Ministère, j’ai reçu l’assurance de Georges François Hirsch, directeur de la DMDTS, que rien ne se ferait sans moi, sans la MC93 et qu’il ne s’agissait que d’une étude, d’un projet à débattre et qu’en tout état de cause, la MC93 garderait son indépendance et son identité. Je devais m’engager à réfléchir à ce qui devenait alors « une proposition » de travail avec la Comédie-Française. Ce que j’acceptais, n’ayant de toute façon pas le choix, pour mon équipe, pour mon théâtre.

Le Ministère de la Culture aurait pu alors rédiger un communiqué de presse, disant qu’un projet était à l’étude entre la Comédie-Française et la MC93 indiquant au passage qu’il n’avait jamais été question de mettre un terme à son existence.

Ce ne fut pas son choix. Arguant que ce « projet » avait provoqué une « vague d’informations parfois fantaisistes, voire de désinformation », il décidait de tenir une conférence de presse à la Mairie de Bobigny, lundi 6 octobre à 15h30.

Au cours de cette conférence de presse, Catherine Peyge, maire de Bobigny comparait la venue de la Comédie-Française à Bobigny à un Stade de France dans le domaine de la culture*.

La Ministre de la Culture, se réjouissait de la venue de la Comédie-Française en Seine-Saint-Denis « une ambition majeure pour ce territoire».

Claude Bartolone, Président du Conseil Général de la Seine-Saint-Denis, rappelait quant à lui que la MC93 était une grande maison et que rien ne saurait se faire contre l’équipe de la MC93 qu’il fallait respecter.

J’ai défendu la MC93 devant la presse, la Ministre, les tutelles, contre les attaques dont elle avait opportunément fait l’objet dans la presse (élitisme, gestion, public) et, comme j’y avais été « invité », j’indiquais que nous nous mettrions au travail avec Muriel Mayette pour explorer ce qui pourrait être fait en commun, respectant ainsi la parole donnée au directeur de la DMDTS.

Dans le même temps, à la MC93, à cent mètres de-là, 400 personnes se réunissaient, artistes, écrivains, spectateurs, venus soutenir leur maison.

A vous qui étiez là, dans le hall du théâtre, j’ai commencé par dire « qu’on ne devait pas mettre en conflit des comédiens contre des comédiens » tout en m’interrogeant sur le silence de la troupe des comédiens français. Je vous disais la violence que nous subissions, notre révolte devant les basses oeuvres et la médiocrité, ce que représentait pour moi la négation de l’identité citant Primo Levi. Je vous disais aussi que je devais tenter d’imaginer quelque chose de commun avec la Comédie-Française. Mais que ce débat ne pouvait avoir lieu que si nous conservions la maîtrise de notre théâtre. Il y avait beaucoup d’émotion.

Et puis nous sommes tous rentrés chez nous ; pas tous, Sainte Jeanne des abattoirs faisait ce soir aussi le plein, le théâtre redevenait ce qu’il n’avait jamais cessé d’être, un lieu de parole. De parole donnée aussi.

Et puis, dans la soirée, de retour chez moi, j’ai lu le dossier de presse du Ministère qui nous avait été distribué pendant la conférence. Vous pouvez peut-être encore le télécharger. La différence était patente entre le discours de la Ministre et la position exprimée par ses services. On lit dans ce dossier la description par le menu, de l’installation de la Comédie-Française, dans notre théâtre. Nous y avons lu les chiffres tronqués, manipulés et le mépris dans lequel nous étions tenu par quelques technocrates, le tout dans une prose accablante, d’une telle démagogie qu’on en reste tout simplement incrédule. Je ne peux pas croire que Christine Albanel ait pu cautionner cette invraisemblable (et mauvaise) littérature.

Alors maintenant ? Rien n’est gagné. Beaucoup se rendent déjà compte que ce projet se résume à un effet d’annonce, qu’il est vide de sens et ne s’appuie sur aucune réalité. Certes, ceux qui veulent la disparition pure et simple de la MC93 auront beau jeu s’ils ne parviennent pas à leur fin rapidement, de revenir à la charge, l’asphyxie budgétaire aidant. Mais la très forte (et émouvante) mobilisation autour de la maison nous conforte dans notre projet artistique respectueux de tous les publics. Notre meilleur ambassadeur restant notre superbe programme.

La MC93 et la Comédie-Française ont souffert ces derniers jours de l’incompétence et de l’ignorance de quelques-uns. Le théâtre (en général) ne doit pas être considéré sous le seul aspect d’un problème comptable.
C’est trop souvent le cas aujourd’hui. Face à cette situation, il est indispensable de créer une pensée nouvelle, celle de notre place dans la société. Nous devons être capable d’exprimer quelque chose de vital : qu’une société sans art, sans théâtre, sans livre, est une société condamnée. Notre combat n’est pas corporatiste, il est philosophique et humaniste.

Mais nous ne renonçons à rien. Avec François Le Pillouër, président du Syndeac, nous mettons en place un comité qui épaulera la MC93 dans son combat pour la vie, un combat au service de tous. Nous ne renonçons pas non plus à la discussion avec la Comédie-Française.

Un grand théâtre est menacé de mort. Qu’aurons-nous gagné les uns et les autres ? Ceux qui aiment le théâtre, beaucoup, TOUT, peut-être.
Patrick Sommier
Le 8 octobre 2008

(à suivre)* Catherine Peyge devrait se souvenir que le Stade de France a contribué à créer des milliers d’emplois, fait surgir de terre un quartier nouveau et des dizaines de commerces accompagné d’un projet urbanistique de grande ampleur. Nous lui posons donc la question : combien de créations d’emploi accompagneront l’installation de la Comédie-Française à Bobigny, de créations de commerce, de logements ? Sur le front de l’emploi, c’est plutôt des licenciements qu’il faut attendre, ceux de la plus grande partie de l’équipe de la MC93, permanents, saisonniers et intermittents.
   
 

Communiqué à la presse de la Troupe de la Comédie-Française
Nous, la troupe de la Comédie-Française, refusons que les théâtres publics entrent en guerre les uns contre les autres. Nous n'irons pas à Bobigny, sans une concertation préalable de l'ensemble des directeurs des théâtres de la Région parisienne, dans la mesure où ces établissements sont liés les uns aux autres par la même mission de service public. Nous refusons de nous installer dans un théâtre contre ceux qui le dirigent, le font vivre.
Il est vrai que la Comédie-Française fait voeu d'obtenir, depuis des années, une grande salle modulable qui leur prmette de mieux répondre aux dramaturgies contemporaines, aux avancées scénographiques, aux évolutions de l'art de la mise en scène. Le projet Bobigny vient dans ce cadre, et fut proposé par l'Etat à titre de projet à étudier, sans décision d'aucune sorte, pour un avenir lointain, qui ne signifiait en rien une quelconque annexion de la MC93. Nous en étions encore là il y a quelques semaines. La publication de ce projet, annoncé comme décidé et imminent, a plongé les uns dans la stupéfaction, l'incompréhension, les autres dans la colère, la révolte. On le comprend aisément.
La situation est telle aujourd'hui qu'il nous paraît nécessaire de décliner la proposition de l'Etat dans un premier temps, de nous concerter dans un second temps, avec l'ensemble des personnes concernées, directeurs de théâtre subventionné, responsables politiques - la liste n'est pas exhaustive, bien sûr - afin d'étudier les moyens de ne pas laisser la MC93, riche d'histoire, d'exigence et de vie, disparaître peu à peu, purement et simplement, comme il semblerait programmé. Il y va bien sûr de la cohésion, de la diversité et de l'avenir de l'ensemble des théâtres publics, dont la Comédie-Française affirme aujourd'hui être à la fois non seulement solidaire, bien evidemment, mais aussi, comme chacun de ces théâtres, responsable, tant il est vrai que la mission artistique que nous entendons défendre nous engage les uns et les autres, les uns envers les autres. Nous refusons d'être des entreprises concurrentes et prédatrices, nous voulons être des institutions particulières, différentes et différenciées, mutuellement respectueuses et loyales.
le 9 octobre 2008


Réaction de Patrick Sommier au communiqué à la presse de la Troupe de la Comédie-Française
- 9 octobre 2008

Beaucoup d'émotion à la lecture du communiqué de la troupe de la Comédie
Française disant sa solidarité et son estime pour la MC93 et notamment
lorsqu'elle appelle à "étudier les moyens de ne pas laisser la MC93 , riche
d'histoire, d'exigence et de vie, disparaître peu à peu, purement et
simplement, comme il semblerait programmé".
J'aime ce beau mot de "loyauté" qui conclut ce texte des Comédiens Français. J'espère pouvoir un jour travailler avec cette grande troupe.

Patrick Sommier
Directeur de la MC93

   
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