histoire des autres
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  Pourquoi ?
  Les ateliers d’écriture menés de janvier à juin 2007 d'après les questions de Nicolas Bigards
  Il ne s’agit pas de connaître l’oeuvre de Roland Barthes, mais à sa manière de s’approprier ses questions, les sortir de leur contexte pour leur faire dire autre chose et d'en inventer d'autres qui interrogent nos mythologies d'aujourd'hui.
   
  Il s’agit donc, pour les participants aux ateliers de s’exercer à l’écriture barthésienne au moyen de jeux, d’exercices. Le but étant de désinhiber le rapport à l’écriture. Réagir sur les textes de Barthes.
 
  Comment ?
 

Nicolas Bigards propose un point de départ différent selon les ateliers.
Ces approches peuvent être :
soit l'écriture du roman que Barthes n’a jamais écrit
soit le recensement des mythologies qui composent notre actualité.
Quelle que soit l'approche, la question récurente est : Qu’est-ce qui, à l’heure actuelle, est un mythe au même titre que la DS de Citroën dans les années 50, ou les fiches cuisine de Elle, prônant la cuisine ornementale, ont-elles le même impact chez les lectrices ?

   
  Les questions et les textes recensés dans le cadre de ces ateliers constitueront une partie des lectures publiques Barthes, le questionneur
  Trois temps forts programmés de janvier à juin 2007.
15 > 19 janv / 30 mars > 2 avr / 11 > 16 juin 2007
 
  Avec qui ?
  Les ateliers et les participants
  A la bibliothèque Elsa Triolet (Bobigny) avec des habitants de la ville de Bobigny, des retraités, et l'association La Fabrique du Mouvement, structure de réinsertion pour adolescents de 16 à 21 ans
le samedi de 15h à 17h
  Au Lycée Louise Michel, Classe de 1ere S, 27 élèves, professeurs : Ismini Vlavianou et Anne Mériaux
le mardi de 14h à 15h
  Au Lycée professionnel André Sabatier, Classe de formation opticiens, professeur : Estelle Jacquet
le vendredi de 16h à 18h
  A la MC93, un atelier était ouvert le samedi de 11h à 13h, qui réunissait des personnes d'horizons différents afin de mettre en espace certains textes et les faire entendre sur le plateau.
 
  D'autres écrits des habitants de la Seine-Saint-Denis (2007)
MA VILLE CACHEE
Je sais que lorsque je pousse une porte, une autre porte est derrière. Quand je demande quelque chose à quelqu'un, c'est un autre qui répond. Que lorsque je pense être arrivé chez moi, c'est chez le voisin que je suis. Lorsque je rentre dans le grand magasin, c'est la nef de l'église qui m'accueille. Quand je vais acheter mon pain, on me sert de la viande (et pas toujours de bonne qualité). Quand je vais chercher de l'argent à la banque, on me pardonne. Si je marche vers le nord, c'est le quartier ouest qui m'offre ses maisons. On me torture à la roulette alors que je viens pour une coupe de cheveux. Au centre de sécurité Sociale, la passe est à vingt euros et des noyés régulièrement remontent à la surface du fleuve. Mon garagiste lit la recherche du temps perdu et me compte ça en heures supplémentaires. A l'ANPE, ils m'ont trouvé du travail. Je serais le balayeur des rues de ma ville. Ils fournissent la Kalachnikoff.
MA VILLE EFFILEE
Elle n'en finit pas. La rue principale est la seule rue. L'artère comme l'arête centrale d'une ville poisson. Les gens ont des ombres de plusieurs kilomètres. Les voitures sont des limousines de star… Pour les voyous, les peines sont à perpétuités. Pour les honnêtes gens, l'ennui est éternel. Le fleuve s'ajoute au Nil, au Mississipi, au Gange, à tous les fleuves du monde. Mon enfant s'appelle etc. Mon espoir est une liane électrique qui va jusqu'en Amazonie. À chaque minute, un livre de plus sur les rayons de la bibliothèque municipale. Il n'y a pas de boulevard ceinture, pas de périphériques, pas de remparts. Il y a une femme qui marche et qui ne se retourne jamais.
NORD... PUIS L'AUTRE
Suivre le chemin creusé de deux ornières gorgées d'eau. De l'autre côté du fossé dégoulinant d'herbes hautes, le muret croule sous les ronces et les fleurs sauvages. Les gonds ont lâché le portail de fer rouillé fermement maintenu debout par le buisson piquant. Dans la terre trempée, les tombes s'écartent d'un côté et se tassent de l'autre pour faire place au mort nouveau. La pluie égalise la terre. Les rares dalles de granit, indifférentes, couvrent les cercueils qui glissent au-dessous. On s'assoit sur elles pour boire la bière et discuter, politique. Les morts sont pris à témoin. Les longues bouteilles de verre jaune s'enfoncent dans la terre molle, vases pour les fleurs coupées à même les tombes et le muret. Un orage d'une violence jamais vue, de mémoire d'anciens morts, a écartelé la dalle de béton depuis toujours fêlée. Squelette ocre foncé couché en biais sur le sol de la fosse murée de béton, allongé à plat-ventre, face dans la mare de flotte, crâne au pied de la fosse. Tout au bout du paysage, les nuages charrient l'eau. Du fond du plat pays viennent de longues figures nez en patate ou larges betteraves en frottant les mains terreuses qui changent les pommes de terre en bâtons dorés et le houblon en liquide doré. Bouches ouvertes, rire et patois. On s'écarte de l'un se rapproche de l'autre pour faire place au dernier venu. Soldat ennemi ; traître enterré comme un traître ; inconnu mort ici et posé là, bousculé, retourné par les bombardements ; résistant abattu, corps vite dissimulé, l'ennemi est aux trousses ; chacun sait.
Au fond du bistrot enfumé, deux yeux bleus dévisagent gravement.