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Ecrire c'est ébranler le monde, y disposer une interrogation
indirecte, à laquelle l'écrivain, par un dernier suspens,
s'abstient de répondre.
La réponse, c'est chacun de nous qui la donne, y apportant
son histoire, son langage, sa liberté.
Roland Barthes
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Mais pourquoi Barthes aujourd'hui ? |
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Mais pourquoi Barthes ?
Et pourquoi les questions de Barthes ? Et pourquoi les questions
de Barthes aujourd'hui ?
Pas de réponses. |
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De ses premiers articles à sa mort, l'oeuvre
de Roland Barthes est traversée de questions : questions sans
réponses, questions de fond, questions malicieuses, comiques,
graves, terribles... Persida Asllani, qui
a soutenu sa thèse sur Roland Barthes sous la direction de
Francis Marmande, a
recensé et aligné les 1920 questions présentes
dans l'oeuvre de Barthes. |
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Autant dire un chiffre vertigineux.
Et aussi une évidence (ou deux) qui apparaît.
Qu'il ne suffit pas de poser une question pour qu'elle en soit une.
Que nous sommes plutôt à une époque où
nous cherchons des réponses à des questions que nous
ne savons plus poser.
Et c'est bien de notre époque dont il est question ici, et
de la manière dont nous l'habitons. Et de la manière
dont nous devons l'interroger |
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Les questions de Barthes sont la matière littéraire
et artistique : base de notre travail pour interroger
nos "mythologies" d'aujourd'hui, pour provoquer des rencontres,
des réflexions, des "écritures". |
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Les trois rendez-vous dans la saison
sous forme de lectures, ouvertes au public, mêleront
à la fois questions de Barthes et questions contemporaines. |
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Les questions sur notre mythologie sont recueillies
de deux manières complémentaires l'une à l'autre :
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un travail d'atelier d'écriture,
des lectures de débats, afin de recueillir
des paroles de citoyens, d'intellectuels, d'artistes, de spectateurs,
et de continuer ainsi le geste "barthésien". |
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un blog, B
le questionneur, qui permet une forme que n'aurait pas renié
Barthes, celle que l'on pourrait appeler "la
chronique", une "forme douce"
ou mineure. Ce blog relate à la fois le travail en train de
se faire autour des lectures, suivant, années après
années, les questions de Barthes. Le blog permet aussi, et
surtout, à des contributeurs (participants aux ateliers d'écriture,
étudiants, lycéens, spectateurs, curieux, artistes...)
d'enrichir la réflexion. |
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Une invitation à la manière de Barthes,
à déchiffrer, à interroger les systèmes
et réseaux de signes qui sont à l'oeuvre dans toute
manifestation sociale. Et c'est dans la manière de poser les
questions, que notre regard sur le monde et les êtres peut
évoluer. La question quelle que soit l'époque reste
le signe de l'engagement au monde, la marque de l'attention que nous
portons aux choses. Tout recensement de questions est à lire
comme une page de notre histoire, de l'histoire d'un passé
proche mais encore actif, en en tirant la cartographie souterraine
de l'époque, de ses racines, d'une forme d'imaginaire commun. |
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Quelques questions recensées par
Persida Asllani |
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Qu'est-ce donc que la littérature de gauche ?
Est-ce que ce n'est pas quelque chose de moins étendu et de
plus profond que la production des écrivains de gauche ? |
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Qui va au théâtre, en France ? Quelles
classes, quels groupes, et dans quels théâtres ? |
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Suis-je marxiste ? |
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Peut-on acquiescer à un monde nouveau sans faire
explicitement le procès de l'ancien ? |
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Pourquoi donc la critique proclame-t-elle périodiquement
son impuissance ou son incompréhension ? |
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Qu'importe, après
tout, que la margarine ne soit que de la graisse, si son rendement
est supérieur à celui du beurre ? Qu'importe, après
tout, que l'ordre soit un peu brutal ou un peu aveugle, s'il nous
permet de vivre à bon marché ? |
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Qu'est-ce qu'un mythe aujourd'hui ? |
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L'antisémitisme est-il de droite ou de gauche ?
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Une option politique doit-elle entraîner fatalement
une option idéologique ?
Qui peut répondre à cette question, en dehors de ce
que dicte l'option elle-même ?
Quels peuvent être les critères idéologiques de
la gauche ?
Y a-t-il une esthétique de gauche ? |
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Qui pourrait prétendre qu'en France, le vin,
ce n'est que du vin ? |
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Que se passe-t-il quand les hommes sont heureux tout
seuls ? Que reste-t-il alors de l'homme ? |
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Voici un assassinat : s'il est politique, c'est
une information, s'il ne l'est pas c'est un fait divers. Pourquoi ?
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Qu'est-ce que ça veut dire, "penser à quelqu'un" ?
Le suicide d'amour serait-il une humeur un peu poussée ?
Quoi de plus bête qu'un amoureux ?
Qui fera l'histoire des larmes ?
Qui fera l'histoire des larmes ?
Dans quelles sociétés, dans quels temps a-t-on pleuré ?
Depuis quand les hommes (et non les femmes) ne pleurent-ils plus ?
Pourquoi la "sensibilité" est-elle à un
certain moment retournée en "sensiblerie" ?
Quel est ce "moi" qui a "les larmes aux yeux" ?
Quel est cet autre qui, telle journée, fut "au bord
des larmes" ?
Qui suis-je, moi qui pleure "toutes les larmes de mon corps"
?
ou verse à mon réveil "un torrent de larmes" ?
Mais pourquoi est-ce que tu ne m'aimes pas ?
Comment peut-on ne pas aimer ce moi
que l'amour rend parfait (qui donne tant, qui rend heureux, etc.) ?
Comment fais-tu pour aimer un peu ?
Qu'est-ce que cela veut dire, qu'aimer "un peu" ?
Ou encore - car je suis nominaliste : pourquoi ne me dis-tu
pas que tu m'aimes ?
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Quelques écrits des habitants de
la Seine-Saint-Denis |
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recueillis lors des ateliers |
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L'espèce humaine a fait de considérable
progrès ces dernières années en délivrant
l'homme de sa dure tâche de PENSER.
Qui suis-je ? Pour qui vais-je voter ? Quelles sont les
raisons de la crise ? Mais plus la peine de s'embarrasser l'esprit,
les SONDAGES répondent à toutes vos questions. Les
sondages sont fantastiques, ils ne vous demandent jamais rien
mais savent tout des rouages de votre pensée, de vos sentiments,
de votre intimité. Scientifiquement, il dresse votre portrait,
jamais le même, mais c'est bien vous. Oui, car le sondage
ne se trompe jamais. Non, c'est l'électeur qui est inconstant,
"volage" ou indécis.
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Avant, pour moi, le marché était un endroit
où l'on vendait des pommes, des poires, mais aussi des "Mais
j'avais tort. J'ai appris, grâce à M. Jean-Marc Sylvestre,
chroniqueur économique sur France Inter que le marché
est une entité, une entité cyclothymique, parfois en
hausse, parfois en baisse. Que le marché pouvait être
capricieux ! Qu'il pouvait être d'un sadisme avec les bourses
mondiales !
Ah les Bourses ! Non, non, les bourses ne sont pas ces petits
sacs où l'on conserve ses sous. La Bourse est aussi une entité.
Pas très sérieuse, car elle ne pense qu'à jouer.
Le Marché est un Dieu tutélaire auquel, nous les hommes,
devons-nous plier à sa loi imprévisible et impénétrable,
sauf pour son prophète, Jean-Marc Sylvestre. |
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Avec l'invention du compact disc, on a peut-être
gagné en qualité d'écoute au point de vue du
son, mais on a beaucoup perdu sur la présentation du produit.
J'avais entendu sur une radio une chanson de Frank Sinatra qui me
plaisait beaucoup. Dans les rayons de la FNAC, je me mets en quête
du morceau. J'avais le titre, It's a perfect
Day. Me voilà au rayon crooner, musique américaine.
Je prends quelques disques que je retourne à la recherche de
mon titre. Et force est de constater que toutes les étiquettes
avec le prix sont consciencieusement collées sur la partie
où se trouvent les titres, les occultant en partie. Pas un
y échappe. Il y a de la place pourtant sur la partie où
sont imprimées les informations techniques, ou sur le recto
de la pochette. Non. Toutes les étiquettes sont au verso, sur
les titres. Excédé, j'essaye d'arracher une ou deux
de ces étiquettes hyper collantes. Je sens sur moi planer le
regard d'un vigile en service qui doit penser que je bricole quelque
chose et je replace dans leur habitacle les horribles petites boîtes
de plastique. |
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La journée de la femme.
A quand la "journée de l'homme" ou de "l'animal
de compagnie". Le système nous rappelle sans cesse l'existence
des rapports de force entre les êtres.Même l'instigateur
de la "discrimination positive" en France, Nicolas Sarkozy,
l'a bien compris. Qu'il s'agisse d'origine ethnique, de religion,
de sexe, d'apparence ou d'âge, la différence apparaît
comme une malédiction.
Aussi le 8 mars sonne-t-il chaque année comme un gong dans
l'esprit des femmes conscientes du chemin, qu'il leur reste encore
à parcourir dans leur quête du pouvoir social. Elles
réinventent le réflexe pavlovien, ne brandissent plus
la jambe mais le poing. Non, le marxisme n'est pas mort ! La
lutte des classes et des individus de sexe opposé est toujours
d'actualité.
Les femmes auront gagné leur pari lorsque cette journée,
qui les marginalise et leur fait perdre leur dignité, aura
définitivement banni du calendrier politique.
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"La chronique" de Roland Barthes
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Le Nouvel Observateur, 1979 |
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Non, ce ne sont pas des « Mythologies » ;
plutôt le relevé de quelques incidents qui marquent,
à la semaine, ma sensibilité, telle qu'elle reçoit
le monde des incitations ou des coups : mes scoops à
moi, qui ne sont pas directement ceux de l'actualité. Pourquoi
alors les donner ? Pourquoi donner le ténu, le futile,
l'insignifiant, pourquoi risquer l'accusation de dire des "riens" ?
La pensée de cette tentative est la suivante : l'événement
dont s'occupe la presse paraît une chose toute simple ;
je veux dire : il apparaît toujours à l'évidence
que c'est un "événement", et cet événement
est fort. Mais, s'il y avait aussi des événements "faibles"
dont la ténuité ne laisse pas cependant d'agiter du
sens, de désigner ce qui dans le monde "ne va pas bien" ?
Bref, si l'on s'occupait peu à peu, patiemment, de remanier
la grille des intensités ? (...)
Peut-être faut-il, et dans la presse même,
tenter de résister au prestige des grandes proportions, de
façon à freiner l'emportement des médias à
créer eux-mêmes l'événement. Je sais
que mon langage est petit mais cette petitesse est peut-être
utile ; car c'est à partir d'elle que je sens à
mon tour, parfois, les limites de l'autre monde, du monde des autres,
du « grand » monde, et c'est pour dire cette
gêne, peut-être cette souffrance que j'écris :
ne devons-nous pas aujourd'hui faire entendre le plus nombre
de "petits mondes" ?
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