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Magazine

Abécédaire à l’usage du covidien amateur

Daniel Conrod

Guère après avoir été diagnostiqué covidien asymptomatique en avril, l’écrivain Daniel Conrod a eu le désir d’entreprendre un abécédaire in progress subjectif, polémique et fantaisiste « à l’usage du covidien amateur » qu’il était. C’est dans le journal de quartier associatif Le 18ème du Mois (éditions de mai et de juin) dont il est chroniqueur bénévole depuis cinq ans que les deux premières parties de cet abécédaire ont été publiées.

Daniel Conrod a été artiste résident à la MC93 entre 2015 et 2017.

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Afrique : Toujours promise à la catastrophe. Jamais créditée de sa  propre légitimité sanitaire (HIV, Ebola). Devait être submergée sinon emportée par la vague covidienne. Ne l’a pas été. Inspire respect et modestie. 

Apéros confinés : nous ont excités au début du confinement. Ont existé. Ont fini par lasser. Mieux que rien.

ARS (Agences régionales de la santé) : Chaussures de plomb, là où il aurait fallu des paires de baskets ou des espadrilles.

Beau geste : L’oeuvre en noir et blanc offerte par le street artiste anglais Banksy à l’hôpital de Southampton et représentant un enfant à genou agitant d’une main triomphale une poupée-nurse masquée tandis que son Batman et son Spiderman gisent dans une poubelle. L’oeuvre s’appelle Game changer (Changer la donne).

Biens communs : Le vaccin ouvrira-t-il la voie ?

BoJo alias Boris Johnson : Politicien habile et paresseux. Covido-sceptique notoire. Nonobstant rescapé in extremis de la Covid19. La bonne volonté des britanniques à l’égard de sa gestion erratique de la pandémie force l’admiration de la presse anglo-saxonne. N’est pas Churchill qui veut.

Brutalité : Syndrome autoritaire polymorphe récurrent (SAPR) associé à la gestion politique du coronavirus. S’est épanouie un peu partout à la surface du globe à coups d’états d’urgence à durées variables, de restrictions en tous genres, de violences policières, de surveillance numérique, d’expulsions massives... Fait craindre pour la suite. Difficilement curable.

Cabane (complexe de la) : On est si bien chez soi. Sonne plus joliment en anglais : Cabin fever. Ne concerne ni les enfants maltraités ni les femmes battues ni les familles nombreuses ni les mal logés ni les adolescents de Bobigny ou de Saint-Denis ni les travailleurs de l’économie informelle ni la très grande majorité des invisibles (liste à compléter).

Chloroquine (1) : antipaludéen notoire utilisé dans le traitement du Covid-19 à titre encore expérimental. A fait en quelques semaines de très nombreux Français (complotistes ou pas) et quelques politiciens opportunistes, des pneumologues, des infectiologues, des virologues, des épidémiologistes, des spécialistes de la pharmacopée... Nous rappelle que le temps scientifique n’existe pas à l’état pur.

Chloroquine (2) :  Elixir de jouvence pour chefs d’état mégalomaniaques et leurs imitateurs. Fait partie du package populiste.

Christophe : chanteur, mort le 16 avril du Covid-19 ou pas. De ses Mots bleus, on ne saura jamais laquelle des deux versions choisir, la sienne ou celle de son ami Alain Bashung. Ne pas trancher a quelquefois du bon.

Colèravirus : Collage harmonieux de lettres de couleurs sur un mur de la rue d’Aubervilliers.

Compassion : N’a pas été aimée autant qu’elle aurait dû l’être. Comme un trou de mémoire dans les discours politiques internationaux.

Covidien amateur : individu présentant des symptômes mineurs du Covid-19. Angle mort de la politique sanitaire du gouvernement français. N’est pas testé. N’est pas examiné. N’est pas suivi. N’est pas comptabilisé. Fantassin sans ennemi d’une guerre en peau de lapin, ne peut ni ne doit se plaindre. Covidien amateur sonne un peu comme comédien amateur.

Déconfinement (1) : mise en récréation partielle, progressive et potentiellement explosive de la population à partir du 11 mai 2020. Attendu avec impatience, redouté au moins autant. A manipuler avec précaution.

Déconfinement (2) : Moins pire qu’attendu. Ne pas s’en plaindre.

Dégâts collatéraux : Dans son livre L’étrange défaite (1946) consacré à la bataille de France de 1940, l’historien français Marc Bloch écrit notamment : « Beaucoup d’erreurs diverses, dont les effets s’accumulèrent, ont mené nos armées au désastre. Une grande carence, cependant, les domine toutes. Nos chefs ou ceux qui agissaient en leur nom n’ont pas su penser cette guerre. En d’autres termes, le triomphe des Allemands fut, essentiellement, une victoire intellectuelle et c’est peut-être là ce qu’il y a eu en lui de plus grave. » A méditer pour la suite.

Deuil de masse : La mort covidienne ne se chante pas ni ne se pleure. Elle n’a pas de corps. Elle n’est qu’un nombre qui ne sent rien. Restera comme l’un des impensés de la pandémie.

Ehpad : on aura besoin de savoir, établissement par établissement, ce qui s’est réellement passé, de quelle manière et à quel rythme les personnels ont été protégés et à quel moment du développement de la maladie les pensionnaires ont été médicalement pris en charge et jusqu’où.

Essentiels : On connaissait l’essentiel de Saint Exupéry, présumé invisible pour les yeux. Se dit maintenant de certains métiers peu qualifiés, mal payés et jugés jusque là d’intérêt mineur. S’oppose aux métiers non essentiels tenus auparavant par les premiers de cordée et autres startupers. Ne pas en tirer de conclusions hâtivement optimistes.

Etat d’urgence sanitaire : fait d’un être humain ordinaire et mortel, en l’espèce le président de la République française, un être hors du commun supposé capable de murmurer à l’oreille des virus les plus mal intentionnés et d’en prévenir les ruses. Suspend nombre de libertés publiques. Donne de mauvaises habitudes aux dirigeants comme aux dirigés. S’en méfier forcément, s’en méfier toujours.

Eté apprenant : Vient après le confinement cultivé des populations adultes, indissociable des pratiques sportives intensives en appartement. Vise à étancher l’appétit culturel insatiable des enfants et des adolescents. Permet d’occuper les artistes en été et de prévenir la peur du vide chez les plus fragiles d’entre eux. Compulsion technocratique.

Famine : Pour faire savoir qu’ils ont faim, les Colombiens accrochent un chiffon rouge à leur porte ou à leur fenêtre. 

Femmes (1) : à bien y regarder, il y a la Néo-Zélandaise, il y a la Danoise, l’Allemande, il y a la Finlandaise, il y a la Taïwanaise, la Norvégienne, l’Islandaise. On en oublie sans doute. Pourquoi se dit-on spontanément que les femmes en charge des affaires de leur pays s’y prennent autrement que les hommes avec le coronavirus ? En tout cas, pourquoi n’ont-elles pas besoin de faire croire qu’elles savent ce qu’elles ne savent pas ?

Femmes (2) : ne pas oublier d’ajouter aux précédentes les caissières, les soignantes, les aide-soignantes, les femmes de ménage, les assistantes en tout genre, les travailleuses des Ehpad et autres professionnelles directes ou indirectes du soin. Un merci ne suffira pas.

Femmes (3) : N’ont pas été moins battues durant le confinement.

Furtifs (Les) : titre du dernier roman d’Alain Damasio où l’on découvre une espèce animale clandestine, les Furtifs, particulièrement experte en reptations, migrations, métamorphoses partielles, fulgurances sonores et autres hybridations. Alternative poétique idéale au coronavirus.

Hécatombe : Sacrifice d’un grand nombre de boeufs chez les Grecs. Destruction par accident ou par décision d’un grand nombre de personnes. S’applique à la surmortalité des personnes âgées du fait de la Covid19. Etait-il fatal ou nécessaire d’en arriver là ? Du travail à venir pour les écrivains et les philosophes.

Hygiaphone Plexiglas : après le préservatif, après le sans contact, en même temps que le masque et les gants, s’est immiscé laborieusement dans notre vie quotidienne. N’en partira pas de sitôt. What’s next ?

Impéritie : très beau mot de la langue française pouvant désigner indifféremment l’incompétence ou l’irresponsabilité (quand ce n’est pas la cruauté sociale) de hauts fonctionnaires, technocrates hors-sol, capitaines d’industrie, membres de cabinets ministériels ou présidentiels et de politiciens professionnels de gauche et de droite auxquels la désindustrialisation du pays et la doxa ordo-libérale ont tenu lieu de colonne vertébrale depuis le milieu des années 1980. Explique grandement le manque de masques, de tests, de charlottes, de surblouses, de tabliers, de respirateurs, de lits d’hôpital, de flacons de solution hydro-alcoolique, de Doliprane, de curare, d’infirmiers, d’infirmières, de médecins de ville (ou de campagne)… L’impéritie est rarement sanctionnée. C’est à cela qu’on la reconnaît.

Inégalités : la pandémie s’en régale.

Jour d’après : billevesée française (mais pas que). S’applique à toutes les situations dites de crise (attentats, catastrophes industrielles et nucléaires, incendies phénoménaux, krachs, explosions politique ou sociale, etc.). Postule un avant et un après inconciliables comme il existe le jour et la nuit. Fait plaisir à nombre d’intellectuels et de médiacrates. Ne se vérifie jamais. Perte de temps.

Jour d’après. Nous voilà  désormais dans un monde dont nous ne savons à peu près rien. Ca nous fait quoi ?  

Libertés : suspendues, ou limitées, en cas d’épidémies, mais aussi d’attaques terroristes. Rarement rendues, sauf à l’exiger.

Li Wenliang : jeune médecin chinois, lanceur d’alerte de Wuhan et combattant du coronavirus de la première heure. Dans les premiers jours de janvier, a fait connaître l’existence d’une nouvelle pneumonie contre la volonté des autorités politiques de Wuhan. L’a payé cher. Mort du Covid-19 le 7 février. Fréquenté comme un mémorial, son mur sur le réseau social Weibo est appelé par les Chinois eux-mêmes Mur des lamentations.

Masques : d’Antonin Artaud, dans Le Théâtre et son double, cette lumière fulgurante portée sur notre présent : « L’épidémie fait tomber les masques. » Et s’il n’y a pas de masques ?

Métiers dits de première ligne : envoyés sur le front du Covid-19 sans protection. Non délocalisables, non confinables, non télé-praticables, souvent peu qualifiés, mal rémunérés et encore moins bien reconnus. Concernent les boulangers, les salariés du commerce de détail ou des supermarchés, les personnels soignants, les coursiers, les livreurs, les éboueurs, les chauffeurs, les professionnels du gardiennage et de la sécurité, les policiers, les pompiers, les travailleurs sociaux… Habitent rarement la métropole. Voir aussi inégalités.

Mort civile : Procédure d’exception mise en place au Pérou et s’appliquant aux personnes ne respectant pas le confinement. 

Pangolins : prouvent qu’il ne suffit pas de porter cuirasse pour être protégé des prédateurs.

Peuples : Rarement aimés par les gouvernants. Ont pourtant fait et continuent de faire leur part du travail. Devront sans doute attendre d’autres printemps pour être payés en retour.

Philippe (Edouard) : Premier ministre français. A fait des progrès notoires.

Piccoli (Michel) : Ou Le mépris de Jean-Luc Godard. Remember. 1963, Ile de Capri, Villa Malaparte, Brigitte Bardot, «Et mes fesses, tu les aimes mes fesses ? » Un couple se sépare.

Ploutocratie : Entre le 18 mars et le 19 mai, selon une étude présentée par le magazine Forbes (21 mai), la fortune des 600 plus riches américains a augmenté de 15%, soit de 434 milliards de dollars, celle de Jeff Bezos (Amazone), de 30%, celle de Mark Zuckerberg (Facebook), de 46%.

Printemps des bad boys : Ou comment nombre de chefs d’état mâles, voyous cravatés, tyranneaux apprentis ou confirmés, monstres froids ou hypnotiseurs déchaînés, ont trouvé avec le coronavirus de quoi s’ébrouer dans le marigot nationaliste. En vrac l’américain, le philippin, l’indien, le russe, le chinois, l’israélien, le turc, le hongrois, le brésilien… Y voit-on une seule femme ? Non.

Psychiatrie : angle mort de la pandémie.

Regard avec masque : Lui manque la bouche.

Sepulveda (Luis) : écrivain et militant chilien, mort du Covid-19 le 16 avril. De l’homme qui a écrit Le Vieux qui lisait des romans d’amour, on se dit qu’il pouvait partir tranquille. Il avait fait le job.

Soin (professionnels du) : ignorés par temps clair. Indispensables par temps épidémiques. Maintenant comparés aux Poilus de la Grande Guerre. Célébrés, honorés ou convoités par lâcheté ou convention. N’en demandent pas tant. Les applaudir tous les soirs ne suffit plus.

Tests : quand il y en aura…

Vie nue : désigne le simple fait de vivre, la vie biologique, sans droits ni protection, à la merci du pouvoir, de n’importe quelle sorte de pouvoir. Le migrant ou le réfugié, pour ne parler que d’eux, figurent parfaitement aujourd’hui ce très ancien concept philosophique repensé notamment par le philosophe italien Giorgio Agamben. Impossible de ne pas penser à la vie nue en ruminant le chiffre des 9312 décès du Covid-19 survenus dans les Ehpad à la date du 3 mai.

Vieux  : meurent en cachette, derrière les murs des Ehpad ou dans leur maison, non pas parce qu’ils sont victimes d’un ordre venu d’en haut mais parce que leur grand âge les a dérobés à notre regard, donc à notre vigilance collective.

Viral : série quotidienne ébouriffante (Arte) de dix minutes de micro-reportages racontant, le cœur sur la main, la planète coronavirée. Va nous manquer.

Virocratie : de virus et de cratos (pouvoir). C’est l’un des risques du moment.

Virus : Mini série sénégalaise de Mustapha Kanté tournée en wolof à partir de situations réelles et à des fins préventives. Diffusée tous les soirs sur la chaine ITV et sur internet.

Vulnérabilité : Si l’on devait n’en garder qu’un seul, ce serait ce mot-là. Vulnérables, nous sommes, vulnérable la planète.

11 mai : premier jour des saints de glace et du déconfinement. Y voir un signe ?

9-3 : Département de la première couronne. Le plus pauvre de tous. Toujours regardé de travers. Jamais assez civique. Trois fois plus verbalisé que n’importe quel autre département de France entre le 17 mars et le 25 avril. Les pauvres ont toujours tort.