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Magazine

Abécédaire à l’usage du covidien amateur

Daniel Conrod

Guère après avoir été diagnostiqué covidien asymptomatique en avril, l’écrivain Daniel Conrod a eu le désir d’entreprendre un abécédaire in progress subjectif, polémique et fantaisiste « à l’usage du covidien amateur » qu’il était. C’est dans le journal de quartier associatif Le 18ème du Mois (éditions de mai et de juin) dont il est chroniqueur bénévole depuis cinq ans que les deux premières parties de cet abécédaire ont été publiées.

Daniel Conrod a été artiste résident à la MC93 entre 2015 et 2017.

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Afrique : Toujours promise à la catastrophe. Jamais créditée de sa  propre légitimité sanitaire (HIV, Ebola). Devait être submergée sinon emportée par la vague covidienne. Pour l’instant, ne l’a pas été. Inspire le respect et la modestie.

Apéros confinés : Nous ont excités au début du confinement. Ont existé. Ont fini par lasser. Mieux que rien.

Applaudir : Action de battre les mains l’une contre l’autre pour marquer son approbation ou son admiration. Plus spécifiquement, échauffement social quotidien propre à la période de confinement en vue d’encourager les personnels soignants de la covid 19. Se pratique généralement depuis une fenêtre ou un balcon ou à la porte de sa maison. Parfaitement adapté à l’individualisme de masse et au mépris de la société française à l’égard de la politique et des politiciens. A ne pas mépriser toutefois.

ARS (Agences régionales de la santé) : Chaussures de plomb du gouvernement français, là où il lui aurait fallu des paires de baskets ou des espadrilles.

Anxiogènes : Le ton exégarément compassé des messages préventifs de la RATP. ou du service public de l’audiovisuel sur les radios publiques, les solutions hydro-alcooliques posées à la va comme je te pousse sur un coin de table et les agents de sécurité chaque jour un peu moins persuasifs ou motivés à l’entrée des magasins, les regards soupçonneux en cas d’éternuement, les files d’attente en cours d’institutionalisation chez Leroy-Merlin, les échanges de regards indéchiffrables entre personnes masquées, les sacs de provisions supposés devoir passer une nuit à l’extérieur de l’appartement ou les sacs de provisions supposés ne pas devoir passer une nuit etc etc…, les produits alimentaires supposés devoir être lavés, ou l’inverse, anxiogènes, d’une manière générale, toutes les consignes paradoxales…

Beau geste : L’oeuvre en noir et blanc offerte par le street artiste anglais Banksy à l’hôpital de Southampton et représentant un enfant à genou agitant d’une main triomphale une poupée-nurse masquée tandis que son Batman et son Spiderman gisent dans une poubelle. L’oeuvre s’appelle Game changer ou Changer la donne.

Beau geste : L’arrestation le 16 mai à Asnières-sur-Seine de Félicien Kabuga, 84 ans, le financeur et l’un des plus grands responsables encore vivants du génocide Rwandais (800000 Tutsis et Hutus modérés massacrés entre avril et juillet 1996). Egalement financeur et fondateur de la Radio Mille Collines, Félicien Kabuga était recherché depuis vingt cinq ans. Il était confiné chez l’un de ses fils. Le confinement a du bon.

Biens communs : Se dit de ce qui appartient ou devrait appartenir à tous, de ce qui est inaliénable ou devrait l’être, de ce qui n’est pas objet de commerce ou ne devrait pas l’être, l’air, l’eau, les paysages, le patrimoine immatériel de l’humanité, les droits humains, les espèces menacées, certaines ressources naturelles, le génôme humain… Y faire entrer le vaccin contre le coronavirus. 

BoJo alias Boris Johnson : Politicien roublard et paresseux. Covido-sceptique notoire. Nonobstant rescapé in extremis de la Covid19. Parfaite illustration de la notion d’impéritie mentionnée plus loin. La bonne volonté des citoyens Britanniques à l’égard de sa gestion erratique de la pandémie n’aura duré qu’un temps. N’est pas Churchill qui veut.

Brutalité : Syndrome autoritaire polymorphe récurrent (SAPR) associé à la gestion politique et sécuritaire du coronavirus. S’est épanouie un peu partout à la surface du globe à coups d’états d’urgence à durées variables, de restrictions des libertés en tout genre, de violences policières, de surveillance numérique, d’expulsions massives, de négationnisme covidien, de cruauté sociale... Ne pas se faire d’illusion. Le SAPR est incurable.

Cabane (complexe de la) : On est si bien chez soi. Sonne plus joliment en anglais : Cabin fever. Ne concerne ni les enfants maltraités ni les femmes battues ni les familles nombreuses ni les mal logés ni les adolescents de Bobigny ou de Saint-Denis ni les travailleurs de l’économie informelle, ni ceux du sexe ni la très grande majorité des invisibles. Liste à compléter.

Cafés de la mort : Espaces de parole créés à Londres en 2011 par un certain Jon Underwood. Propres à la culture anglo-saxonne. Ont été naturellement réactivés par la Covid 19 et plus spécifiquement en Grande Bretagne par l’hécatombe des personnes âgées.

Catastrophisme éclairé : Si comme le pense et l’écrit le philosophe des sciences Jean-Pierre Dupuy, le pire a eu lieu et que la catastrophe est inéluctable, le seul moyen d’empêcher qu’elle survienne est de la regarder en face et d’agir par principe. Autre manière de dire que lucidité et morale ne sont pas toujours synonyme d’efficacité ou d’utilité.  

Chernobyl : Mini série (2019/HBO) de cinq épisodes de Craig Mazin et Johan Reck. Décrit dans le détail l’explosion du quatrième réacteur de la centrale nucléaire de Tchernobyl survenue le 26 avril 1986. Passe à juste titre pour le modèle filmé indépassable de la catastrophe environnementale. Peut être vu comme un manifeste artistique anti-hollywoodien. À connu un immense regain de curiosité durant le confinement bien que n’ayant pas de relation directe avec le coronavirus…, quoique.

Christophe : Chanteur, mort le 16 avril de la covid 19 ou pas. De ses Mots bleus, je ne saurai jamais laquelle des deux versions choisir, la sienne ou celle de son ami Alain Bashung. Ne pas trancher a quelquefois du bon.

Colèravirus : Collage harmonieux de lettres de couleurs sur un mur de la rue d’Aubervilliers. A tenu bon quelques jours avant d’être lacéré. Lacéré, pourquoi ?

Compassion : N’a pas été aimée autant qu’elle aurait dû l’être par de très nombreux dirigeants internationaux. Comme un gouffre systémique dans le mental de ceux-ci. Pour une victime quelconque, mourir de la covid 19 équivaut-il à leurs yeux à mourir dans un attentat ? Je pose la question.  

Covidien amateur : Individu présentant des symptômes mineurs de la Covid19. Angle mort de la politique sanitaire du gouvernement français notamment. N’est pas testé. N’est pas examiné. N’est pas suivi. N’est pas comptabilisé. Fantassin sans ennemi d’une guerre en peau de lapin, ne peut ni ne doit se plaindre. Covidien amateur sonne un peu comme comédien amateur.

Crétinisme : Associé à la gestion politique et sanitaire de la crise covidienne.  Elargi depuis peu au vécu de cette crise par les populations elles-mêmes. Je ne sais quoi penser de ce diagnostic futile - et peut-être cruel - posé par quelques intellectuels, toujours les mêmes, de l’après-coup sur nous, forcément sur nous.  

Déconfinement : Mise en récréation partielle, progressive et potentiellement explosive de la population à partir du 11 mai. Attendu avec impatience, redouté au moins autant. A manipuler avec précaution.

Déconfinement : Moins pire qu’attendu. Ne pas s’en plaindre

Déconfinement : Selon certains psychiatres et psychanalystes, plus difficile à vivre que le confinement pour nombre de sujets, adolescents notamment. Tenir ensemble et sans hiérarchie les trois options.

Dégâts collatéraux : Dans son livre L’étrange défaite (1946) consacré à la bataille de France de 1940, l’historien français Marc Bloch écrit notamment : « Beaucoup d’erreurs diverses, dont les effets s’accumulèrent, ont mené nos armées au désastre. Une grande carence, cependant, les domine toutes. Nos chefs ou ceux qui agissaient en leur nom n’ont pas su penser cette guerre. En d’autres termes, le triomphe des Allemands fut, essentiellement, une victoire intellectuelle et c’est peut-être là ce qu’il y a eu en lui de plus grave. » A méditer pour la suite.

Deuil de masse : Inséparable de la vulnérabilité. Au même titre que celle-ci, aurait dû être/doit être pensé comme un objet de réflexion à part entière, c’est à dire moral, intellectuel, politique et artistique. Frappe au tout premier chef les plus fragiles et les sans deuil. Restera comme l’un des refoulements les plus révoltants de la pandémie.

Distanciation sociale : Injonction paradoxale ou pensée magique. Inextricablement contemporaine et archaïque. Remet le désir à sa place. Insoluble.

Drônes : Nous ont espionnés sans contrôle pour cause de confinement. Nous espionnent sans contrôle pour cause de déconfinement. Réduisent la main d’oeuvre. Ne rendent pas de comptes. Avancent masqués eux aussi. N’ouvrent jamais leur sac.

Eau bénite : Répandue par aspersion héliportée sur les populations péruviennes par la grâce de leur présidente auto-proclamée. Remplace ou optimise les bons vieux goupillons d’autrefois. Parfaite illustration de la compassion de la classe dirigeante à l’égard du peuple. 

Eau de javel. Découverte parmi les plus prometteuses de la recherche anti-coronavirienne appliquée. S’injecte directement à l’intérieur du corps humain d’une manière ou d’une autre. D’application encore minoritaire, mériterait d’être testée à grande échelle. Je n’ai pas essayé.

Eclats de rire : Le doublage via Twitter et la messagerie Tik Tok par la comédienne américaine Sarah Cooper des principales saillies corona-covidiennes de ce gros bébé tout vilain tout frippé de Trump. Mieux qu’une plongée psychanalytique au coeur de l’impensé trumpien. Vaut tous les discours de Jo Biden depuis le sous-sol de sa maison du Delaware.

Economie informelle : Recouvre l’ensemble des activités économiques échappant à la régulation de l’Etat. Existe. Concerne notamment celles et ceux qui sont tenus de trouver chaque jour de quoi subvenir aux besoins élémentaires de leur famille. Inclut les trafics. Autre angle mort de la pandémie.  

EHPAD : On aura besoin de savoir, établissement par établissement, ce qui s’est réellement passé, de quelle manière et à quel rythme les personnels ont été protégés et à quel moment du développement de la maladie, les pensionnaires ont été médicalement pris en charge et jusqu’où.

Emeutes : Arrivent quand elles arrivent, comme le voleur de l’Epitre de Saint Paul aux Thessaloniciens, comme le Chairos des Grecs anciens, comme le tranchant du sabre des Mille et une nuits. Sont la hantise d’à peu près tous les chefs d’état actuels du monde.

Essentiels : On connaissait l’essentiel de Saint Exupéry, présumé invisible pour les yeux. Se dit maintenant de certains métiers peu qualifiés, mal payés et jugés jusque là d’intérêt mineur. S’oppose aux métiers non essentiels tenus auparavant par les premiers de cordée et autres startupers. Ne pas en tirer de conclusions hâtivement optimistes.

Etat d’urgence sanitaire : Fait d’un être humain ordinaire et mortel, en l’espèce, le président de la république française, un être hors du commun supposé capable de murmurer à l’oreille des virus les plus mal intentionnés et d’en prévenir les ruses. Suspend nombre de libertés publiques. Donne de mauvaises habitudes aux dirigeants comme aux dirigés. S’en méfier forcément, s’en méfier toujours.

Eté apprenant : Vient après le confinement cultivé des populations adultes, indissociable des pratiques sportives intensives en appartement. Vise à étancher l’appétit culturel insatiable des enfants et des adolescents. Permet d’occuper les artistes en été et de prévenir la peur du vide chez les plus fragiles d’entre eux. Compulsion technocratique.

Faim (avoir) : Pour faire savoir qu’ils ont faim, les Colombiens accrochent un chiffon rouge à leur porte ou à leur fenêtre. Pour faire savoir qu’ils ont faim, les habitants du 9-3 font la queue.

Fatigue : Comme une plainte infinie venue des profondeurs de la société à la faveur de la pandémie autant que de la pandémie elle-même. Comme l’aveu que la post modernité numérique insécurise et épuise, que l’incessant présent tourmente. Comme l’impossibilité de dire l’aliénation ou la frustration.

Femmes (1) : A bien y regarder, il y a la Néo-Zélandaise, il y a la Danoise, l’Allemande, il y la Finlandaise, il y a la Taïwannaise, la Norvégienne, l’Islandaise… On en oublie sans doute. Pourquoi se dit-on spontanément que les femmes en charge des affaires de leur pays s’y prennent autrement que les hommes avec le coronavirus ? En tout cas, pourquoi n’ont-elles pas besoin de faire croire qu’elles savent ce qu’elles ne savent pas ?

Femmes (2) : Ne pas oublier d’ajouter aux précédentes les caissières, les soignantes, les aide-soignantes, les femmes de ménage, les assistantes en tout genre, les travailleuses des EHPAD et autres professionnelles directes ou indirectes du soin. Un merci ne suffira pas.

Femmes : N’ont pas été moins battues durant le confinement.

Files d’attente : Laboratoires masqués permettant de mesurer le stock de patience disponible des consommateurs duquel peuvent être déduits les effectifs d’une grande surface par exemple. Expérimentations facilitées par la pandémie.

Furtifs (Les) : Titre du dernier roman de Alain Damasio où l’on découvre une espèce animale clandestine, les Furtifs, particulièrement experte en reptations, migrations, métamorphoses partielles, fulgurances sonores et autres hybridations. Alternative poétique idéale au coronavirus.

Garenne : Endroit clos ou découvert où l'on élève des lapins en semi-liberté. Désigne les bois ou toute bruyère où abondent ces animaux.  On dit aussi changer de garenne. Souvenir personnel. Rien à voir avec la vie covidienne, encore que...

Hécatombe : Sacrifice d’un grand nombre de boeufs chez les Grecs. Destruction par accident ou par décision d’un grand nombre de personnes. S’applique à la surmortalité des personnes âgées du fait de la Covid19. Etait-il fatal ou nécessaire d’en arriver là ? Du travail à venir pour les écrivains et les philosophes.

Hirak : Mouvement démocratique algérien apparu en février 2019 et entravé par la pandémie. Pacifique. Prometteur. Réparateur. Réjouissant. Le coronavirus n’est pas progressiste.

Hydroxychloroquine : Antipaludéen notoire utilisé dans le traitement de la Covid19 à titre expérimental. A fait en quelques semaines de très nombreux Français (complotistes ou pas) et de quelques politiciens opportunistes, des pneumologues, des infectiologues, des virologues, des épidémiologistes, des spécialistes de la pharmacopée... Nous rappelle que le temps scientifique n’existe pas à l’état pur à l’âge des réseaux sociaux.

Hydroxychloroquine :  Elixir de jouvence pour chefs d’état mégalomaniaques et leurs imitateurs. Fait partie du package populiste.

Hygiaphone plexiglas : Après le préservatif, après le sans contact, en même temps que les masques et les gants, se sont immiscés laborieusement dans notre vie quotidienne. N’en partiront pas de sitôt. What’s next ?

I can’t breath : Derniers mots de George Floyd durant l’ immobilisation par étranglement dont il était l’objet de la part de l’officier de police Derek Chauvin.

Ilyad Hallak : Autiste palestinien de 32 ans abattu par la police des frontières israélienne le 30 mai à proximité de la Porte des Lions à Jérusalemn Est alors qu’il se rendait à pied à son école.

Impéritie : Très beau mot de la langue française pouvant désigner indifféremment l’incompétence ou l’irresponsabilité (quand ce n’est pas la cruauté sociale) de hauts fonctionnaires, technocrates hors sol, capitaines d’industrie, membres de cabinets ministériels ou présidentiels et de politiciens professionnels de gauche et de droite auxquels la désindustrialisation du pays et la doxa ordo-libérale ont tenu lieu de colonne vertébrale depuis le milieu des années quatre-vingts. Explique grandement le manque de masques, de tests, de charlottes, de sur-blouses, de tabliers, de respirateurs, de lits d’hôpitaux, de flacons de solution hydro-alcoolique, de doliprane, de curare, d’infirmiers, d’infirmières, de médecins de ville (ou de campagne)… L’impéritie est rarement sanctionnée. C’est à cela qu’on la reconnaît.

Inégalités : La pandémie s’en régale.

Jour d’après : Billevesée française (mais pas que). S’applique à toutes les situations dites de crise (attentats, catastrophes industrielles et nucléaires, incendies phénoménaux, crash boursier, explosions politique ou sociale…). Postule un avant et un après inconciliables comme il existe le jour et la nuit. Fait plaisir à nombre d’intellectuels et de médiacrates. Ne se vérifie jamais. Perte de temps.

Jour d’après : Nous voilà  désormais dans un monde dont nous ne savons à peu près rien. Ca nous fait quoi ?  

Li Wenliang : Jeune médecin chinois, lanceur d’alerte de Wuhan et combattant du coronavirus de la première heure. Dans les premiers jours de janvier, a fait connaître l’existence d’une nouvelle pneumonie contre la volonté des autorités politiques de Wuhan. L’a payé cher. Mort du covid19 le 7 février. Fréquenté comme un mémorial, son mur sur le réseau social Weibo est appelé par les Chinois eux-mêmes Mur des Lamentations.

Libertés : Suspendues, ou limitées, en cas d’épidémies, mais aussi d’attaques terroristes. Rarement rendues, sauf à l’exiger.

Liens humains : Ce qui nous a soutenus. Ce qui nous a manqué. Ce qui nous a bouleversés. Ce qui nous a surpris. Ce qui nous a déçus. Ce qui nous a quittés. Ce qui nous a aimés. Ce qui nous a découverts.

Lits/cercueils en carton : Innovation covido-colombienne habilement mise en scène par une entreprise de communication et visant à fabriquer d’un coup d’un seul un lit d’hôpital réversible, soit dans le contexte du moment, un lit tranformable en cercueil. Réduit sur le papier le coût des équipements hospitaliers et celui des enterrements. Médiatique ? Oui. Efficace ? Moins sûr.  

Masques : D’Antonin Artaud, dans Le théâtre et son double, cette lumière fulgurante portée sur notre présent, «L’épidémie fait tomber les masques.» Et s’il n’y a pas de masques ?

Masques : Les porter ou pas ? Dehors ? Dedans ? Les deux ? Depuis le déconfinement, on les retrouve par terre dans la rue.

Métiers dits de première ligne : Envoyés sur le front du covid19 sans protection. Non délocalisables, non confinables, non télé-praticables, souvent peu qualifiés, mal rémunérés et encore moins bien reconnus. Concernent les boulangers, les salariés du commerce de détail ou des supermarchés, les personnels soignants, les coursiers, les livreurs, les éboueurs, les chauffeurs, les professionnels du gardiennage et de la sécurité, les policiers, les pompiers, les travailleurs sociaux… Habitent rarement la métropole. Voir aussi inégalités.

Monarchie républicaine : Mise à nu par le virus. Ce dont la France devrait se débarrasser.

Mort covidienne : A l’opposé de la mort sidéenne, la mort covidienne ne se chante pas ni ne se pleure ni ne se crie. Elle n’a pas de corps. Elle n’a pas d’âme. Pas de voix. Quand elle n’est pas camouflée, refoulée, trafiquée ou renié, elle n’est que factuelle, comptable, statistique et technique. Elle est un nombre qui ne sent rien, dont on ne peut rien faire.

Le contraire de la bonne mort qui se prépare, se dit, se raconte, se vit en groupe.

Mort civile : Procédure d’exception mise en place au Pérou et s’appliquant aux personnes ne respectant pas le confinement.

Pangolins : Prouvent qu’il ne suffit pas de porter cuirasse pour être protégé des prédateurs.

Parcs et jardins : Inique, cruelle, leur fermeture dans les quartiers populaires a ressemblé à une double ou triple ou quadruple peine.

Perdus : Nous le sommes et le serons durablement.

Peste noire : Dite aussi mort noire. Partie elle aussi de Wu Han dans les années 1320-1330. Traverse l’Eurasie par la route de la soie et le commerce maritime. Sévit en Europe et en Afrique du Nord entre 1346 et 1353. Détruit près

Peuples : Rarement aimés par les gouvernants. Ont pourtant fait et continuent de faire leur part du travail. Devront sans doute attendre d’autres printemps pour être payés en retour.

Philippe (Edouard) : Premier ministre français. A fait des progrès notoires.

Piccoli (Michel) : Ou Le mépris de Jean-Luc Godard. Remember. 1963, Ile de Capri, Villa Malaparte, Brigitte Bardot, «Et mes fesses, tu les aimes mes fesses ? » Un couple se sépare.

Ploutocratie : Entre le 18 mars et le 19 mai, selon une étude présentée par le magazine Forbes (21 mai), la fortune des 600 plus riches américains a augmenté de 15%, soit de 434 milliards de dollars, celle de Jeff Bezos (Amazon), de 30%, celle de Mark Zuckerberg (Facebook), de 46%.

Présentiel : Adjectif haïssable. Mais il y a pire : en présentiel. A bannir de nos bouches.

Principe d’incertitude : Acquis de la pandémie. Comme la vulnérabilité, comme le catastrophisme éclairé. Preuve s’il en était besoin qu’il suffirait aux gens de gauche de se mettre au travail sans se payer de mots pour terrasser le populisme.

Printemps des bad boys : Ou comment nombre de chefs d’état mâles, voyous cravatés, tyranneaux apprentis ou confirmés, monstres froids ou hypnotiseurs déchaînés, ont trouvé avec le coronavirus de quoi s’ébrouer dans le marigot nationaliste. En vrac l’américain, le philippin, l’indien, le russe, le chinois, l’israélien, le turc, le hongrois, le brésilien… Y voit-on une seule femme ? Non.

Psychiatrie : Angle mort de la pandémie.

R0 ou R zéro : Taux de reproduction du coronavirus. Passé de 3 à moins de 1 suite aux mesures de distanciation sociale et à l’instauration du confinement. Fait un peu penser au cher R2D2 de Star Wars.

Regard avec masque : Lui manque la bouche.

Réinventer (se) : Des mots… Appartient au registre individualiste de la littérature managériale et du développement personnel. Ne veut strictement rien dire. Si nécessaire, lui préférer l’expression changer la donne.

Sepulveda (Luis) : Ecrivain et activiste chilien, mort du covid19 le 16 avril. De l’homme qui a écrit Le Vieux qui lisait des romans d’amour, on se dit qu’il pouvait partir tranquille. Il avait fait le job.

Soin (professionnels du) : Ignorés par temps clair. Indispensables par temps épidémiques. Maintenant comparés aux Poilus de la grande guerre. Célébrés, honorés ou convoités par lâcheté ou convention. N’en demandent pas tant. Les applaudir tous les soirs n’a pas suffi. La preuve…

Tests : Quand il y en aura, s’est-on dit des semaines durant…

Tigre : Lorsqu’il a entendu le président de la république française inviter publiquement les artistes à chevaucher le tigre, comme on surmonte une difficulté insurmontable, un enfant m’a dit, tu crois pas qu’on devrait foutre la paix aux animaux en voie de disparition ?

Vie nue : Désigne le simple fait de vivre, la vie biologique, sans droits ni protection, à la merci du pouvoir, de n’importe quelle sorte de pouvoir. Le migrant, ou le réfugié, pour ne parler que d’eux, incarnent parfaitement aujourd’hui ce très ancien concept philosophique repensé notamment par le philosophe italien Giorgio Agamben. Impossible de ne pas penser à la vie nue en ruminant le chiffre des 7896 décès de la covid19 survenus dans les EHPAD français à la date du 21 avril.

Vieux : Les vieux meurent en cachette, derrière les murs des EHPAD, ou dans leurs maisons, non pas parce qu’ils sont victimes d’un ordre venu d’en haut, mais parce que leur grand âge les a dérobés à notre regard, donc à notre vigilance collective.

Viral : Série quotidienne ébouriffante (Arte) de dix minutes de micro reportages racontant, le cœur sur la main, la planète coronavirée. Va nous manquer.

Virus : Mini série sénégalaise de Mustapha Kanté tournée en wolof à partir de situations réelles et à des fins préventives. Diffusée tous les soirs sur la chaine ITV et sur internet.

Virocratie : De virus et de cratos (pouvoir). C’est l’un des risques du moment.

Vulnérabilité : Si l’on devait n’en garder qu’un seul, ce serait ce mot-là. Le plus beau, le plus consistant, le plus émancipateur malgré son apparence plaintive. Vulnérables, nous sommes, vulnérables, de plus en plus, vulnérable la planète. Infinie, prodigieuse vulnérabilité. Devrait figurer au coeur de toute pensée progressiste.

We’ll meet again : Titre culte de la variété internationale créé en 1939 par la chanteuse Vera Lynn.  Associé à la bataille d’Angleterre. Adulé par les aviateurs de la RAF. Multiplement interprété et revisité depuis par les artistes les plus divers. Repris au début du confinement par vingt six drag queens mises en quarantaine. L’un des actes artistiques les plus inspirants de la période. Malgré cela, n’a pas inspiré Boris Johnson, ni Donald Trump, ni Jair Bolsonaro, ni Vladimir Poutine…

Zoom : Application de visio-conférence largement utilisée durant le confinement. Entrée dans les usages. Cheval de Troie du télé-travail. A pu faire passer les usagers de Skype pour des brontosaures. Présente des failles de sécurité considérables. S’en méfier.

8 mn 46 : Le temps qu’il faut à un policier blanc américain pour asphyxier dans la rue un individu noir sous le regard de ses collègue et sans susciter au minimum l’indignation du président de son pays.

9-3 : Département dit de la première couronne. Le plus pauvre de tous. Toujours regardé de travers. Jamais assez civique. Trois fois plus verbalisé que n’importe quel autre département de France entre le 17 mars et le 25 avril. Les pauvres ont toujours tort.

11 mai : Premier jour des Saints de glace et du déconfinement. Y voir un signe ?

 

Daniel Conrod, le 13 juillet 2020