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Dans le pays d'hiver - Entretien avec Silvia Costa

Comment situer Dialogues avec Leuco dans l’œuvre de Cesare Pavese ?

Ce n’est pas le texte le plus connu de Pavese. C’est l’un de ses derniers, celui avec lequel il a été retrouvé dans l’hôtel où il s’est suicidé, sans doute le plus important à ses yeux même s’il n’a pas eu beaucoup de succès. Il n’a pas été complètement compris à l’époque. Parce que Pavese était connu comme un auteur réaliste, écrivant des histoires très concrètes, liées au territoire, à la vie dans les villages… Et donc à la sortie du livre, en 1949, en pleine période réaliste, une partie de la critique n’a pas accepté sa volonté de s’intéresser à la fable, à la mythologie et à ces temps très anciens.

"Ma façon d’être présente et de faire du théâtre aujourd’hui c’est de regarder les choses à travers une forme de beauté et de poésie."
 

Qu’est-ce qui vous a intéressé dans cette œuvre ?

D’abord, j’aime bien les textes un peu oubliés. J’ai monté par exemple Poil de Carotte de Jules Renard et travaillé sur un autre auteur italien, De Amicis, complètement passé de mode. Ensuite, je sens une difficulté à comprendre les phénomènes qui nous entourent. Mais on ne peut pas fuir le monde. Ma façon d’être présente et de faire du théâtre aujourd’hui c’est de regarder les choses à travers une forme de beauté et de poésie. La mythologie n’est pas pour moi un refuge nostalgique mais l’occasion d’affirmer une croyance en l’invention et une certaine magie de la création. Je ne cherche pas à reproduire les faits concrets de notre actualité. J’espère transmettre le plaisir que j’ai en lisant ces textes qui sont tout à fait ouverts, qui font penser et rêver. Les mythes contiennent beaucoup de symboles dont certains ont été déformés. Il faut se les réapproprier. Ce sont comme des fleurs qui, composées différemment, peuvent libérer nos imaginaires.

"J’espère transmettre le plaisir que j’ai en lisant ces textes qui sont tout à fait ouverts, qui font penser et rêver."
 

Ce qui m’intéresse, c’est la volonté de Pavese d’écrire sur quelque chose qui n’est pas tout à fait clair : des fables, avec un secret incompressible, des zones d’ombre qui laissent ouvertes les interprétations. Tous ces mythes nous accompagnent, parfois à notre insu. Tout le monde connaît l’un des personnages ou des thèmes évoqués mais il reste une part de mystère dans ces histoires. Pavese n’en change pas la trame, mais propose de nouveaux points de vue sur leur signification. A mon tour, j’essaie de faire marcher cette machine mythologique et de prolonger la dynamique interprétative de Pavese, en cherchant l’épure.

"Tous ces récits sont doubles : à la fois poétiques, reliés à une culture classique mais aussi porteurs d’une part sombre, de souffrance et de violence."
 

Comment avez-vous choisi les cinq dialogues sur les 27 que comporte le livre ?

Un livre est une chose, le théâtre une autre : on a besoin d’une structure, d’un trajet à proposer au spectateur dans lequel se dessine une narration personnelle et une possible évolution scénique. Les cinq dialogues choisis abordent la question des origines, de la naissance du langage, de la faute, de notre animalité ou encore du déluge. Jusqu’au dernier où c’est un dieu qui parle et regarde l’humanité d’en haut, avec tendresse. Il évoque sa capacité à inventer, des histoires et des divinités. Tous ces récits sont doubles : à la fois poétiques, reliés à une culture classique mais aussi porteurs d’une part sombre, de souffrance et de violence. Il s’agit de faire goûter cette ambivalence au spectateur.

"J’utilise beaucoup le langage des gestes, des actions précises, chorégraphiées. "
 

Comment inventez-vous vos images ?

J’ai toujours besoin de toucher la matière et de voir les interprètes modifiés par elle. Je pars souvent des objets dans l’espace puis je construis un lien entre les mots, les corps et ces objets : de nombreux accessoires, des sculptures qui engendrent des actions scéniques et permettent la visualisation de certains symboles ainsi que des métamorphoses. La narration se construit par association, accumulation et multiplication de ces éléments de telle sorte qu’à la fin, ils constituent une forme de ville ou de musée imaginaire, un nouveau pays. Par ailleurs notre trio d’interprètes (Silvia Costa joue dans le spectacle) permet de mettre en scène les dialogues bien sûr mais aussi de jouer avec la figure du double, du miroir ou de l’ombre. J’utilise beaucoup le langage des gestes, des actions précises, chorégraphiées. 

Si l’on devait dessiner une constellation de sources inspirantes pour ce spectacle… 

Parmi tous les possibles, il y aurait sans doute Duchamp, pour sa façon de reconfigurer la valeur d’un objet esthétique en fonction de sa propre énigme, de la sexualisation de l’œil, de la machine comme système symbolique.C’est un artiste qui pourrait faire partie de mon panthéon. J’ai aussi beaucoup regardé les dessins de Henry Darger, un artiste d’art brut qui toute sa vie a fait des dessins à partir de calques trouvés dans les magazines et composé des sagas mythologiques avec des petites filles, et beaucoup de violence même si les formes sont très enfantines et colorées. 

"J’aime l’idée d’associer le plateau de théâtre à un pays, un pays à repeupler grâce aux mots de Pavese."
 

Un mot sur votre titre ?

J’aime l’idée d’associer le plateau de théâtre à un pays, un pays à repeupler grâce aux mots de Pavese. Ensuite l’hiver et ses connotations contrastent avec la chaleur produite par les histoires racontées. On part donc du froid pour aller vers un réveil, pour raviver la lave cachée sous les mots pris dans les glaces de la communication, des data. Je me suis demandée à qui pouvaient s’adresser ces dialogues de Pavese. Je répondrais : aux gens qui, comme moi, ont encore envie de croire, non pas aux dieux, mais à la puissance de la création, à l’infinie possibilité de réinventer. 

Propos recueillis par Olivia Burton en mars 2018.