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Des voyages qui nous font grandir

Entretien avec Nacera Belaza

Tout en jouant Le Cercle, votre nouvelle création, vous continuez de tourner avec des pièces antérieures, depuis Le Cri (2008) jusqu’à Sur le fil (2016). Quelle importance a pour vous la notion de répertoire ? 

Une pièce, pour moi, n’est jamais achevée. Comme un peintre qui travaille inlassablement sur ses œuvres, je cherche toujours à atteindre une plus grande justesse. Une plus grande liberté, qui passe pour le danseur par un dépassement de ses limites. Par un effacement de ses résistances mentales et physiques. Chaque nouvelle création prolonge cette recherche. En tournant mes pièces de répertoire, je les mets à l’épreuve du temps : seules celles qui sont justes – c’est-à-dire détachées de ma personne et du contexte de création – durent.

"Avant d’aborder une nouvelle pièce, je n’ai jamais aucune idée de ce qui va advenir. Et plus tard, en travaillant avec les danseurs, je fais tout pour ne jamais m’enfermer dans ce que je crois savoir ou percevoir"


Vos différentes pièces présentent une évidente unité formelle : plateau-nu, semi-obscurité, musique mêlée à des bruits de rue, gestes répétitifs… Comment créez-vous à chaque fois les conditions de ce dépassement ? 

Avec le temps, je me rends compte que chaque pièce se construit autour d’une image qui se structure au cours du travail avec les interprètes, et qui oblige chacun à se revisiter de fond en comble. À repasser par les mêmes endroits d’errance, de doutes. Avant d’aborder une nouvelle pièce, je n’ai jamais aucune idée de ce qui va advenir. Et plus tard, en travaillant avec les danseurs, je fais tout pour ne jamais m’enfermer dans ce que je crois savoir ou percevoir de la pièce en cours de création. Pour qu’une pièce existe, le point de tension initial doit aussi cohabiter avec son contrepoint, qui peut être long à trouver. Dans Le Cercle par exemple, la rapidité des mouvements doit être accompagnée d’un grand calme intérieur. Une pièce ne doit pas être l’imitation de ce qu’on pense d’elle. Elle doit être le fruit d’un travail de l’imaginaire.

"Une pièce ne doit pas être l’imitation de ce qu’on pense d’elle. Elle doit être le fruit d’un travail de l’imaginaire."


Ce travail est-il le même, selon que vous travaillez sur un solo, un duo, ou une pièce de groupe ? 

La libération de l’imaginaire est au cœur de ma recherche, quelle que soit la forme qu’elle prend. Naturelle chez l’enfant mais beaucoup moins chez l’adulte, cette quête libère à chaque fois l’inconscient d’une manière différente. Le huit répétitif du Cri, les lentes traversées de La Sentinelle ou les mouvements déstructurés du Cercle sont pour les danseurs et pour moi des voyages qui nous font grandir. De même que le spectateur, qui est toujours appelé à participer à la création du sens. Lorsqu’elles sont justes, mes pièces doivent amener le spectateur à s’extraire de son mode de fonctionnement habituel. Passé le moment de sidération face à la performance physique, il doit suivre le même chemin intérieur que les danseurs.

"Passé le moment de sidération face à la performance physique, il doit suivre le même chemin intérieur que les danseurs."


Vous proposez aussi régulièrement des ateliers pour amateurs et professionnels. Quelle place tient la formation dans votre travail ? 

L’enseignement a pour moi été très tôt lié à la création. Autodidacte, j’ai très vite commencé à donner des cours en France. En transmettant à d’autres danseurs des outils pour faire de leur corps une page blanche, un réceptacle de ce qui advient, j’apprends moi-même beaucoup. La danse est pour moi une école de la vie, de la connaissance de soi, et non seulement une école du geste. 

C’est en partie de cette manière que vous avez rencontré les cinq interprètes du Cercle, dont ne fait pas partie Dalila Belaza. Cette pièce est-elle un tournant dans votre parcours ? 

On me demande souvent si je peux travailler avec d’autres danseurs que Dalila ; la vraie question, pour moi, était de savoir si je pouvais travailler sans elle ! C’est ce que j’ai fait dans mon solo La Nuit, puis dans Le Cercle, né d’une envie ancienne de créer une pièce chorale. Si cela a mis tant de temps à se réaliser, c’est que former une véritable conscience de groupe, sans laquelle rien ne peut advenir, nécessite un temps considérable. Afin d’amener des jeunes danseurs de formations diverses et Aurélie Berland – avec qui je travaille depuis cinq ans – à un même niveau d’introspection et de lâcher-prise, et créer entre eux un langage commun, il m’a fallu les amener à aller au-delà des histoires singulières que portent leurs corps. Vers un mouvement commun qui dénude les individus, qui les expose. Pour créer cette unité, je suis allée explorer des parties de moi que je ne connaissais pas. Pas plus que mes autres pièces, Le Cercle n’est donc pas un tournant. C’est un prolongement, avant de revenir probablement au solo, qui est encore un défi pour moi. 

Propos recueillis par Anaïs Heluin.