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Entretien avec Philippe Decouflé

SOLO

Un mot sur l’origine de ce Solo ?

Le spectacle a été crée en 2003, suite à un concours de circonstances. Je devais faire un projet aux Etats-Unis, qui a été annulé et je me suis retrouvé en France un peu tout seul, avec du temps devant moi, pour la première fois depuis longtemps. J’avais 40 ans et je commençais à me poser des questions sur mon avenir de danseur. J’ai eu envie de saisir l’occasion pour travailler à partir de moi et voir ce que j’étais encore capable de faire seul. Car depuis les JO d’Albertville, je m’occupais de régler des spectacles ou des évènements avec beaucoup de monde, qui m’éloignaient un peu de la scène. Or c’est très important, pour bien diriger les gens, de retrouver régulièrement la fragilité - et le grand plaisir – qu’on éprouve à être sur un plateau de théâtre.

"Un accident est survenu : le pied de la caméra a basculé d’un quart de tour et tout d’un coup l’image s’est mise à faire une grande spirale, dans un effet kaléidoscopique."
 

Ce qui m’a décidé, c’est que je venais de donner un stage de vidéo-danse au Japon où par hasard j’avais eu l’idée de mettre la caméra qui filmait un danseur, devant un écran sur lequel on projetait sa propre image. Ce qui permettait d’avoir un effet de dédoublement et de perspective. J’ai commencé à trouver ça intéressant. Et puis un accident est survenu : le pied de la caméra a basculé d’un quart de tour et tout d’un coup l’image s’est mise à faire une grande spirale, dans un effet kaléidoscopique. Je me suis alors rendu compte qu’avec la technologie, il y avait moyen de créer des ensembles, des mouvements de groupe, tout en étant seul. Je pouvais donc envisager de faire de la chorégraphie avec une seule personne et c’était assez drôle. Cela m’a ouvert un horizon.

"J’essaie de partager cette intimité de la manière la plus simple possible."
 

Comment s’est construit le spectacle ?

Petit à petit, de manière empirique comme toujours, et en équipe. Car nous sommes six en fait dans ce solo ! Les cinq autres sont des collaborateurs très proches de moi depuis longtemps. Je suis donc parti de cette idée de double vidéo. Ensuite, nous avons cherché de la matière avec les caméras et on a construit différents tableaux, à la fois très visuels, graphiques et très physiques, qu’on a assemblés, en cherchant un rythme intérieur confortable pour tous. Pour moi, le défi est physique. Il faut tenir un état de tension intéressant pendant une heure et quart. Il a fallu trouver des moments de respiration, pour pouvoir repartir. J’essaie de montrer ce que j’aime et de le défendre avec mes propres armes, en l’occurrence mon corps. Il y a là quelque chose de beaucoup plus fragile que dans un spectacle de groupe et en même temps, quand ça fonctionne, d’assez touchant. J’essaie de partager cette intimité de la manière la plus simple possible.

"Nous travaillons comme un groupe de rock dont je serais un peu le chanteur. Je donne une couleur générale, un désir d’aller dans telle direction et chacun amène une touche avec son instrument."
 

Comment avez-vous travaillé avec Joachim Latarjet ?

Joachim est présent en studio et pendant que je cherche mes mouvements, il cherche des notes. Les différentes couleurs musicales reflètent mes goûts, qui sont assez éclectiques. Par exemple, j’avais envie de mettre un extrait de Modern dance de Père Ubu parce que c’est un morceau qui m’a porté, une espèce de rock expérimental des années 80. Il y a toujours des relents d’adolescence dans mes spectacles. Je pars donc de quelques points de repère : tel et tel morceau qu’il remplace ensuite ou  qu’il intègre à un ensemble cohérent. C’est pareil avec tous les collaborateurs : nous travaillons comme un groupe de rock dont je serais un peu le chanteur. Je donne une couleur générale, un désir d’aller dans telle direction et chacun amène une touche avec son instrument. Mais ça se fait en parlant, en essayant, en rigolant ensemble.

"J’ai grandi avec les Marx Brothers, beaucoup de BD, un humour absurde qui me semble nécessaire. Je ne peux pas tenir très longtemps sans cela."
 

Quelle valeur accordez-vous à l’humour ?

On est là quand même pour prendre et donner du plaisir sur scène. Souvent ce qui est humoristique dans mes spectacles vient d’accidents survenus par hasard pendant les répétitions : des décalages qui deviennent drôles. J’ai aussi eu la chance de travailler avec le grand Christophe Salengro qui m’a apporté beaucoup à ce niveau-là. C’est difficile à expliquer : on travaille sérieusement mais sans se prendre au sérieux. Je n’écris pas de blagues ni de gags en amont. Je suis à l’écoute des erreurs pendant le travail. Dès qu’il y a un petit truc qui dérape et qui me semble intéressant, je vais voir comment, pourquoi et où ça pourrait nous emmener. J’aime les pas de côté. J’ai grandi avec les Marx Brothers, beaucoup de BD, un humour absurde qui me semble nécessaire. Je ne peux pas tenir très longtemps sans cela.

Et puis je suis timide donc je fais ce que je peux pour m’en sortir : l’humour est l’une des manières d’accepter de se retrouver sur scène quand on n’a pas tous les atouts du danseur au départ. Quand j’ai commencé la danse, j’ai bien vu que je n’avais pas le corps adéquat et qu’il y avait un niveau de performance que je ne pourrais jamais atteindre. Alors on est obligé de compenser avec autre chose.

Vos sources d’inspiration puisent dans la culture populaire comme dans la culture savante. Quelle est la forme de beauté que vous cherchez ?

J’essaie de faire du divertissement de qualité. Ce qui m’a donné envie de faire des spectacles, ce sont des films, les comédies musicales américaines. C’est une forme d’art total, puissant et populaire que j’adore. Il y avait aussi un film fondateur dans ma famille, Les Enfants du paradis, sur ces saltimbanques qui vouent leur vie à leur art. Ce sont des influences marquantes.

Il se trouve que depuis les JO d’Albertville, j’ai un public qui dépasse largement les frontières du public de danse. Je n’ai pas envie de leur fuir les salles de spectacle. Donc quel que soit le thème de départ, la forme finale doit être accessible à tous les publics, sinon ça ne m’intéresse pas. Je travaille sur des équilibres de couleurs, de formes, de sons, de mouvements qui créent des émotions. C’est de l’ordre du sensible et c’est fragile donc le travail esthétique m’aide à rendre les choses cohérentes, solides et lisibles. La beauté est une notion très subjective mais disons que je suis toujours à la recherche d’une forme d’harmonie dans mon art. Peut-être par instinct de conservation. Je trouve que le monde est assez chaotique comme ça. Pour autant je ne renie pas ni une certaine violence ni sur une certaine tristesse. J’ai l’impression de travailler sur des sentiments souvent assez extrêmes et de ne pas être particulièrement sage.

"Et puis un théâtre, c’est comme la valise d’un magicien. Pour qu’un tour de magie fonctionne, chaque détail est essentiel."
 

Comment procédez-vous concrètement ?

Je travaille souvent à partir de dessins sur un découpage géométrique simple et radical de l’espace. Enfant, je voulais être dessinateur et plus tard, l’art cinétique m’a beaucoup marqué. J’aime bien traiter les images des spectacles comme des tableaux en mouvement. Et puis un théâtre, c’est comme la valise d’un magicien. Pour qu’un tour de magie fonctionne, chaque détail est essentiel. Tout doit sembler simple et épuré. C’est la propreté du geste et de l’environnement, en l’occurrence de la boîte noire, qui permet l’illusion. J’ai toujours en tête la maîtrise de l’environnement pour mettre en valeur ce qui doit l’être et créer du merveilleux.

Propos recueillis par Olivia Burton en mars 2018.