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Magazine

Espace infini

Entretien avec Nacera Belaza

Comment cette nouvelle création s’inscrit-elle dans la lignée des précédentes et qu’apporte- t-elle de nouveau ?

Il s’agit à la fois de rompre avec ce qui a été fait et de poursuivre une même chose. Dans Le Cri par exemple, j’explorais le monde de l’infini avec le 8. J’ai eu l’impression d’écrire cette pièce à la verticale. Le 8 ne faisait que s’amplifier, s’accélérer, forait et s’élevait en même temps. Il y a un bref moment dans le 8 où on rompt les amarres, et subitement, cela ouvre et donne accès à une autre dimension. Mais on le referme très rapidement. Ce bref moment m’est resté en mémoire. J’ai voulu l’explorer. Dans L’Onde, j’ai ajouté un cercle au 8 pour explorer deux infinis. Cela donne lieu à un tout autre voyage.

Dans toutes mes pièces, j’aspire à l’unité, à la relation au tout, à l’autre, au lâcher-prise… Dans la création précédente, Le Cercle, un des défis était de trouver l’unité entre cinq danseurs aux parcours et cultures très différents. Dans L’Onde je fais à nouveau partie de cette unité, n’ayant que très peu partagé le plateau avec d’autres danseurs tout au long de mon parcours, je me suis rendu compte qu’il y avait des degrés de liberté entre nous qui ne s’accordaient pas. La liberté à laquelle on aspire sur le plateau doit être bien réelle, ce n’est pas du spectacle, pour cela il faut tout réinterroger afin de parvenir à créer les mêmes espaces de résonance en chacun de nous. C’est le travail d’une vie concentré en quelques mois de création.

La répétition du mouvement n’est jamais totalement reproduction à l’identique. Comment accueillir la nouveauté ?

Cela rejoint le geste de l’artisan qui se précise, se sculpte à mesure qu’il se répète. Cela dépend de l’intention ultime que vous insufflez au geste. Pour ma part je ne recherche ni la maîtrise ni la transe mais l’élévation de la conscience en même temps que le lâcher- prise. Le mouvement répétitif n’est que le support d’un puissant désir de liberté. Paradoxalement, on doit renoncer au corps ; il ne représente qu’une infime partie de ce qui vibre et se soulève dans l’être.

Cette danse n’est pas dansée. On n’est alors plus dans la représentation. Comment se fait le lien avec le spectateur ?

Effectivement, on ne danse pas. Dans le sens où on ne produit pas de mouvement volontairement. Ce que l’on perçoit dans le corps n’est que l’émanation de ce qui vit et vibre au dedans, le corps physique est la part qui matérialise cet invisible qui poursuit sa course et se projette dans l’espace infini. N’étant pas occupées à faire, à produire du mouvement, nous laissons la place à tout ce qui nous échappe. Le mouvement dansé m’apparaît souvent comme une résistance embellie à tout ce qui voudrait nous échapper. Je constate que, très souvent, le sens qu’on sollicite le plus chez le spectateur, c’est la vue. Vouloir voir, bien voir, c’est avant tout avoir une prise sur le réel. Ainsi l’état de l’interprète est déterminant. En lâchant prise, il doit induire l’ouverture, la réceptivité chez le spectateur pour l’amener à se livrer entièrement. Et à ce moment-là seulement tout circule et s’unifie. Je sais combien le mot a été extrêmement galvaudé, mais une véritable communion peut alors avoir lieu.

Vous cherchez à dépouiller le geste pour accéder à la quintessence du mouvement. De quel ordre est cette quintessence ?

Quand le mouvement n’est plus une projection du mental sur le corps et qu’il prend sa source dans un imaginaire profond, il défait toute forme d’action, de tension, de résistance… On le perçoit dès lors sans qu’il ait pour autant de réalité physique. C’est d’ailleurs ce qui explique dans mes pièces, ces derniers temps, ces espaces vides, comme des espaces de résonance. Car j’ai le sentiment que lorsque le mouvement accède à cette nature immatérielle il est équivalent au vide.

C’est comme si l’imaginaire était en mouvement. Dépouiller ce qui est en mouvement de tout ce qu’on y projette habituellement c’est une fa.on de tendre vers l’essentiel, de se défaire de soi (idées, résistances, projections...), comme une sculpture inversée jusqu’à soi. On vit dans une société où le corps est, paradoxalement, à la fois vénéré - on lui voue un véritable culte - mais est aussi relégué au rang d’objet, de bien. Je me dis que dans un tel contexte la danse se doit d’offrir d’autres pistes ; elle est peut être finalement l’Art le plus métaphysique. Il ouvre l’esprit et notre corps à plus grand, et nous enjoint de réconcilier notre propre matière avec l’invisible.

Propos recueillis par Séverine Kodjo-Grandvaux en mars 2020, pour le programme du Festival d’Automne à Paris.