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JUSQUE DANS VOS BRAS | Rencontre avec Jean-Christophe Meurisse

J-C Meurisse, pourriez-vous nous parler de Jusque dans vos bras et de la façon dont il se singularise parmi vos précédents spectacles ?

Jusque dans vos bras : d'abord ce titre provient des paroles de la Marseillaise. Quand je pose la question aux gens, je m'aperçois que peu de gens le savent. C'est une vieille bataille académique que de savoir si ce sont dans "vos" bras, ou dans "nos" bras. Mais nous, nous avons préféré "vos", qui s'adresse au public, qui est plus direct, plus frontal. C'est donc mieux que "dans nos". Je pars de là, du titre, parce que le paysage de ce spectacle est celui de la France. Nous voulons questionner la fameuse identité nationale française, qui nous mène aujourd'hui à être les témoins de combats acharnés. Et qui peut même nous amener demain à une guerre civile... La question qui se pose donc pour nous et qui est aussi ce dont le spectacle parle : qu'est-ce donc que cette identité nationale ?

Nous, nous avons eu une envie folle de psychanalyser la France, comme s'il fallait comprendre pourquoi il y a tant de fragilité, tant de crispations vis-à-vis de notre identité.
 

Le thème est effectivement d'actualité, d'autant plus que le spectacle sera créé peu après les élections. Est-ce intentionnel ?

Lorsqu'on voit qu'un des politiciens actuellement en campagne peut créer un scandale quand il affirme qu'il n'y a pas une seule culture française, mais plusieurs cultures, on se dit qu'il y a un problème. Nous, nous avons eu une envie folle de psychanalyser la France, comme s'il fallait comprendre pourquoi il y a tant de fragilité, tant de crispations vis-à-vis de notre identité. À travers notre écriture de plateau, nos improvisations, nous voulons interroger l'histoire, les figures qui ont construit la république et la France. Ça peut, par exemple, être le fait d'interroger la colonisation, les migrations. Et ça implique aussi un questionnement sur la culture française, sur la question de la religion.

Ce qu'on peut dire, c'est que le monde se divise en deux : il y a d'un côté ceux qui sont dérangés par l'autre, de l'autre côté, ceux qui ne le sont pas.
 

Et vous y apportez des réponses ?

Il n'est pas question de répondre. Nous avons une position plus sensitive, nous n'avons pas à affirmer mais à travers les tableaux, les scènes mises en place, nous créons des situations qui évoquent cette fameuse identité nationale.  En passant d'un tableau à l'autre, il n'est pas question de prendre position mais plutôt d'évoquer un malaise. De préférence évoquer un malaise par le rire, ce qui est spécifique aux Chiens de Navarre. Nous avons plutôt une manière organique de regarder ces choses. Ce qu'on peut dire, c'est que le monde se divise en deux : il y a d'un côté ceux qui sont dérangés par l'autre, de l'autre côté, ceux qui ne le sont pas. Sans moralisme aucun, il me semble que l'identité française a toujours été multiple, dans toute son histoire.

Dans vos spectacles, il y a souvent une écriture sous forme de tableaux, comme vous l'avez dit, dont chacun possède souvent sa cible comique et satirique... qui sont les cibles ?

La satire, c'est le réel quand il est légèrement déformé. Nous, nous déformons le réel pour qu'il soit drôle et identifiable. Après vous dire précisément ce que contient le spectacle est difficile voire impossible car nous sommes encore en création et le spectacle n'est pas définitivement fixé. Mais on pourra très bien passer, par exemple d'une scène intime à l'OFPRA, plutôt dramatique, à un cours d'œnologie et une leçon un peu éméchée sur les vins de France. On pourra se retrouver à l'enterrement d'une figure patriarcale, puis sur un radeau de réfugiés. On pourra très bien voir Jeanne d'Arc sur scène qui rencontre Freud, Marie-Antoinette qui débarque avec sa tête coupée, une famille d'accueil un peu bobo hébergeant une famille de congolais, etc.

Dans ce spectacle, je savais par exemple que je voulais de grandes figures qui ont fait la France, et de proposer ensuite leur psychanalyse.
 

Les Chiens de Navarre, c'est un collectif : comment naissent toutes ces scènes ? Et comment fonctionne, parmi vous, la création ?

Je pense d'abord à des thématiques, des situations, des didascalies. Je propose énormément de situations. Plein de choses différentes. Je n'écris pas les dialogues par contre : je considère que les comédiens sont de bien meilleurs auteurs. Je préfère mettre dans certaines situations des personnalités, des natures qui vont parler avec leurs propres mots. Je propose les situations, ils les parlent. Nous travaillons selon une écriture de plateau et je préfère suivre toujours le mouvement de l'improvisation plutôt que ce que j'ai envie d'entendre... Je ne cherche jamais à me réfugier dans l'intention d'une écriture fixe. Mais il y a quand même quelque chose d'écrit, avant le premier jour des répétitions. Dans ce spectacle, je savais par exemple que je voulais de grandes figures qui ont fait la France, et de proposer ensuite leur psychanalyse. Créer ce truc un peu fou avec aussi un côté ludique, mais en même temps, laisser le réel apparaitre à travers cette chose fantasmagorique.

Vos spectacles donnent aussi une place importante au rythme du jeu, aux longueurs, le temps qui s'étire, et parfois à l'événement soudain, à l'inattendu. Est-ce aussi une façon de jouer avec le public ? Quelle place occupe-t-il ? Dans vos spectacles précédents, il était invité à répondre à l'appel sur une liste, à danser sur scène, ou bien le Christ s'adressait à lui directement...

Cette dramaturgie est importante. Quand on crée un spectacle, on pense à l'état, au rythme, à la musique... Quelque soit ce que l'on raconte, il y a toujours le rythme, cette rupture, de la musicalité, du changement de ton. Tout ça c'est la forme qui est importante, cette forme donne le ton du fond, aussi. Dans nos spectacles, nous avons notre propre rythme intérieur, et nous essayons de le donner au public. Le public est acteur lui-même, très présent. Il est dans quelque chose d'un peu cathartique, quand on s'adresse à lui. Déjà parce qu'il se manifeste. Il réagit. Il rit. Moi c'est comme ça que j'aime regarder un spectacle, en étant investi organiquement dedans. Ces adresses, je crois aussi qu'elles créent du présent, une forme d'expressivité, une forme d'intranquillité que l'on recherche.

Propos receuillis en mars 2017 par Etienne Letterier.