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Les animaux sauvages des villes envahissent la MC93 - Entretien avec Olivia Rosenthal et Eryck Abecassis

Où le spectacle a-t-il pris sa source ?

Eryck Abecassis : En Inde, où les animaux sauvages sont présents partout. J’y ai conçu un spectacle avec une brodeuse autour des animaux dans la ville. Elle brodait des insectes magnifiques et je jouais de la musique. J’en ai parlé à Olivia, avec qui nous avions déjà travaillé. Elle m’a fait lire un texte sur les rats et le projet est né de ce partage d’une obsession commune à propos des animaux : comment les animaux peuvent révéler des parts de nous-mêmes ?

"Au lieu d’admettre que c’est nous qui ne devrions pas être là, qu’on a pris beaucoup d’espace, finalement on a toujours l’impression que les animaux ne sont pas à leur place."


Olivia Rosenthal : Macadam Animal renouvelle ce que j’ai déjà fait sur les animaux dans mes romans. Il s'agit cette fois de s'immerger dans les villes où, même si on a tendance à l'oublier, on est tout le temps entourés par des animaux qu'on ne voit pas. C’est aussi une manière de raconter un peu autrement les villes dans lesquelles on vit, de déplacer notre regard sur des zones où l’on ne prend pas le temps de le poser. Nous intéressent tous les animaux qui viennent faire irruption, dont on pense qu’ils ne devraient pas être là. L’essor des villes a complètement inversé notre rapport au monde. Au lieu d’admettre que c’est nous qui ne devrions pas être là, qu’on a pris beaucoup d’espace, finalement on a toujours l’impression que les animaux ne sont pas à leur place. Or, ils sont autant chez eux que nous. C’est tout ce rapport au sauvage, au surgissement de l’animal, au mélange d’inquiétude et d’attirance que cela produit, qu’on a envie d’explorer. Comment il fait, qu’est-ce qu’il lui reste, par où il s’introduit, comment il se faufile, à quoi il sert ?

Vous allez faire étape à Bobigny. Quel animal allez-vous y suivre ? 

Olivia Rosenthal :  À Bobigny, le projet est particulier. D’une part, nous allons interroger des habitants sur l’expérience qu’ils ont eue de tel ou tel animal sauvage, les filmer et intégrer ces vidéos dans le spectacle. Est-ce qu’ils voient des animauxsauvages ? Quand ? Lesquels ? Qu’est-ce que ça produit ? Je me souviens avoir rencontré, lors d’une résidence à la bibliothèque Elsa Triolet il y a quelques années, un vieil habitant de Bobigny qui m’avait parlé des faucons crécerelles qu’il voyait depuis sa tour, où ils nichaient. Et d’autre part, nous allons travailler sur les chauves-souris, très présentes en Île-de-France. Elles ont une vision particulière, elles voient grâce au son et ça nous intéresse. Chaque animal nous conduit à des esthétiques et des questionnements différents. On essaie de modifier la perception du spectateur à chaque fois, soit de le faire entrer dans la peau d’un animal soit dans celle d’un homme ou d’une femme qui fréquente, voit ou touche cet animal.

"Entre les chiens errants de Casablanca, les crabes du Havre ou les rats de Paris, on va passer par des sensations et des couleurs différentes."


Comment recréez-vous ces sensations ?

Eryck Abecassis : Je m’appuie sur des faits scientifiques à partir desquels mon imagination se déplie. Mais on ne saura jamais vraiment ce que perçoit un animal. J’essaie de provoquer un changement physique du spectateur avec des effets visuels forts, et une musique très immersive dans laquelle il y a énormément de basses qui agissent sur sa perception. Entre les chiens errants de Casablanca, les crabes du Havre ou les rats de Paris, on va passer par des sensations et des couleurs différentes. 

Olivia Rosenthal : Je fais aussi beaucoup de recherches et puis j’essaie de trouver un angle différent pour chaque animal, une question que j’aurais envie de poser. Sur les termites par exemple, j’ai travaillé sur la vie en collectif. Sur les chiens errants, je me suis intéressée à la question de la race, du lien entre race et espèce, étant donné que les chiens errants n’appartiennent justement à aucune race. À partir de cette base documentaire, je construis des textes avec des effets de rythme, des renvois, des refrains. Et puis on assemble. Le spectacle est conçu comme un petit monde à part entière dans lequel les chapitres sont pensés les uns par rapport aux autres. 

Quels sont vos rôles sur scène ?

Eryck Abecassis : On fait tout ! Olivia interprète les textes et joue aussi de quelques instruments. Et moi j’interprète à la fois la musique et les effets vidéo, avec des séquences que je transforme en direct, en me laissant la possibilité de variations. Pour la musique, j’utilise un synthétiseur modulaire qui produit des sons très variables selon les circuits. Je fabrique mes propres circuits au fur et à mesure. J’adore cet instrument car rien n’est figé. On essaie de garder une spontanéité entre nous même si tout est très précis. On cherche la vivacité. 

Parmi les animaux choisis, lequel est le plus proche de chacun de vous ?

Olivia Rosenthal : Le rat ! J’ai pourtant un peu de mal avec le rat mais vu qu’il m’a conduite à me questionner sur l’amitié, les liens, au fond il doit m’être proche. Pourquoi les rats sont-ils indispensables ? En quoi sont-ils nos amis ? Être utile à quelqu’un suffit-il à être ami avec lui ?

Eryck Abecassis : Les corbeaux. Je les trouve élégants, je ne me lasse pas de les regarder. Ils font des trucs incroyables, d’une grande intelligence !

Propos recueillis par Olivia Burton en mars 2018.