mc93_icon_1 mc93_icon_10 mc93_icon_11 mc93_icon_12 mc93_icon_13 mc93_icon_14 mc93_icon_15 mc93_icon_16 mc93_icon_17 mc93_icon_18 mc93_icon_19 mc93_icon_2 mc93_icon_20 mc93_icon_21 mc93_icon_22 mc93_icon_23 mc93_icon_24 mc93_icon_25 mc93_icon_26 mc93_icon_3 mc93_icon_4 mc93_icon_5 mc93_icon_6 mc93_icon_7 mc93_icon_8 mc93_icon_9 menu-billetterie menu-calendrier menu-offcanvas menu-participez menu-saison noir_et_rouge_01 noir_et_rouge_02 noir_et_rouge_03 noir_et_rouge_04 noir_et_rouge_05 noir_et_rouge_06 noir_et_rouge_07 noir_et_rouge_08 noir_et_rouge_09 nouveau_symbol_01 nouveau_symbol_02 nouveau_symbol_03 nouveau_symbol_04 nouveau_symbol_05 nouveau_symbol_06 nouveau_symbol_07 nouveau_symbol_08 nouveau_symbol_09 pass-illimite
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies, nous permettant d'améliorer votre expérience d'utilisation. OK

Magazine

Proposer une histoire à voir

Entretien avec Pierre Rigal

Vous présentez trois soli, sur les quatre que vous avez à votre répertoire. Que représentent-ils dans votre parcours ?

Érection (2003) est ma première pièce et mon premier solo. Press (2008) est mon solo peut-être le plus connu, je l’ai joué dans le monde entier, plus de 250 fois. Suites absentes est le dernier créé, en 2017. C’est une opportunité extraordinaire de présenter ainsi une espèce de panorama, de petite biographie. Il y a là quelque chose de symbolique qui me touche.

Ce solo m’a permis de créer ce dispositif d’illusion optique, avec cette image de moi-même projetée sur moi-même, qui crée un trouble, une ambiguïté sur ce qu’est le corps.


Comment est né Érection, votre premier spectacle ?

J’avais 30 ans quand j’ai créé Erection. J’étais interprète chez un chorégraphe suisse, Gilles Jobin, et je m’apprêtais à retourner travailler dans l’audiovisuel car dans mon esprit, 30 ans était un âge canonique pour danser. Mais j’avais quand même envie de faire quelque chose avant d’arrêter, de plus physique et de plus explosif que ce que je faisais chez Gilles Jobin où le mouvement était très contenu. J’ai eu l’idée de cette thématique du passage de la position couchée à la position debout, avec l’intuition que ça pouvait être intéressant d’un point de vue chorégraphique et aussi symbolique. Et puis rapidement j’ai trouvé le titre, comme je le fais depuis pour toutes mes pièces. Le titre est toujours très porteur pour moi, il donne une dramaturgie en lui-même. Il m’a aussi fait peur pour sa connotation sexuelle mais je l’ai assumé. J’en ai parlé à un ami metteur en scène qui débutait à l’époque, Aurélien Bory, que j’ai invité à voir ce que je faisais et nous nous sommes lancés dans l’élaboration de la pièce. J’avais aussi envie de faire un travail vidéo. Ce solo m’a permis de créer ce dispositif d’illusion optique, avec cette image de moi-même projetée sur moi-même, qui crée un trouble, une ambiguïté sur ce qu’est le corps. Tout ça s’est forgé petit à petit. Et ce fut le départ de mon aventure de chorégraphe.

En anglais le mot a de nombreux sens. C’est à la fois la presse d’imprimerie, la pression psychologique, la pression sociale.


Et Press ?

L’idée de Press est venue du désir de la directrice du Gate Theatre à Londres qui avait vu Erection et m’a proposé de faire un spectacle dans son théâtre. Or la scène était toute petite. J’étais donc un peu dubitatif mais j’ai réfléchi. Je me suis dit qu’il fallait travailler à partir de cette contrainte et même la renforcer. Est venue ainsi l’idée d’un plafond qui descendrait et rétrécirait l’espace. Le plafond n’existe pas vraiment au théâtre, il est considéré comme un non espace. C’est l’endroit où on accroche les lumières. Je trouvais intéressant qu’il devienne un véritable acteur de la dramaturgie. Avec Frédéric Stoll, l’éclairagiste, nous avons imaginé un système technique et rapidement le titre est arrivé, à partir de cette scénographie qui est tout simplement une presse. Ce titre m’a plu, je l’ai choisi en anglais puisque le spectacle allait être créé en Angleterre. En anglais le mot a de nombreux sens. C’est à la fois la presse d’imprimerie, la pression psychologique, la pression sociale. Toutes ces significations donnaient des pistes de travail.

La lumière et le son sont de vrais partenaires dans ces soli. À quel moment du processus entrent-ils en jeu ?

Ils viennent le plus tôt possible. Dans Erection et Press, la musique est créée spécialement pour le spectacle afin qu’il y ait le plus d’interactivité possible entre elle et moi et que je ne sois pas seulement suiveur : de nombreux déclenchements de sons, de nappes, d’ambiances sont liés à mon mouvement. Le décor lui-même devient instrument de musique quand je le touche. Cet aller et retour est très important car il donne un réalisme très fort à l’ambiance générale, une véracité à l’action. Sur scène, quand celui qui agit crée les sons, on croit d’autant plus à ce qu’on a devant les yeux. C’est essentiel quand on veut fait croire au spectateur que le personnage va se faire écraser. Cet homme est supposé être enfermé dans une pièce mais au théâtre, même si le plafond descend, il y a un espace libre à l’avant-scène et donc on sait qu’il pourrait s’échapper facilement. Je m’inquiétais de la crédibilité de la situation. C’est là que la véracité du son de Nihil Bordures a aidé. Press a un rapport avec le cirque qui est lié historiquement et techniquement à la question du risque. Arriver à faire croire au danger, c’est passionnant et assez jouissif.

J’ai envie de proposer une histoire à voir, qui doit rester partielle, le public ayant la liberté de la compléter.


Quelle place tient la narration dans votre travail ?

Je peux très bien aimer chez d’autres artistes l’abstraction totale, j’en suis même friand. Mais dans mes pièces, je suis intéressé par la dramaturgie et la narration. J’ai envie de proposer une histoire à voir, qui doit rester partielle, le public ayant la liberté de la compléter. Cela peut gêner les spectateurs de danse qui n’aiment pas trop qu’on les guide vers du sens mais j’aime qu’il y ait une sorte de trame, de manière à englober le public et le prendre avec soi, pour l’amener peut-être ailleurs.

Je vois ce spectacle comme une biographie liée à une autobiographie et à la vie de tout spectateur.


Comment Suites absentes est-il né ?

L’idée vient de la proposition du directeur du festival international Piano aux Jacobins à Toulouse, Paul-Arnaud Péjouan. Il avait envie d’un lien avec la danse dans son festival et m’a proposé de travailler avec un piano mécanique, qui jouerait tout seul. L’idée m’a tout de suite plu. Elle me renvoyait à l’absence du pianiste comme à celle du compositeur, à la question de la mort et donc de la mémoire, du souvenir : quelque chose d’assez intime qui me touchait. J’ai travaillé sur la biographie de Jean-Sébastien Bach pour mettre en scène sa vie, qui est un support pour raconter celle de tout le monde, y compris la mienne. Je vois ce spectacle comme une biographie liée à une autobiographie et à la vie de tout spectateur. Parce que c’est une vie d’obsessions, de névroses que tout le monde, à différents degrés, développe.

Quels liens faites-vous entre les trois soli ?

Erection met en scène des cycles : le plus visible est celui de l’histoire de l’espèce animale, depuis les reptiles jusqu’à l’homme. Un autre concerne l’évolution de l’individu, depuis sa position couchée en tant que nourrisson jusqu’à la vieillesse et à la mort. Press présente l’homme comme un acteur social qui se débat dans la société, essaie de faire bonne figure dans un monde qui le contraint. Enfin dans Suites absentes, il est question du souvenir de l’être perdu. La vie de Bach est parsemée de deuils. Sa musique est proche du sacré, elle fut créée pour les messes, les enterrements. Suites absentes porte ce questionnement sur Dieu et l’au-delà. Chez moi c’est une question récurrente. Créer des pièces est certainement une manière de gérer cette angoisse de l’incertitude, de jouer avec, de m’en protéger.

Tous ces thèmes peuvent sembler sérieux ou tristes mais j’essaie de prendre de la distance par rapport à ces questions existentielles grâce à l’humour et l’absurdité. J’aime l’incongruité, les décalages qui se jouent de la normalité. Je crois à la force du ridicule, de la stupidité : c’est souvent là que se cachent les questions les plus importantes.

Propos recueillis en mars 2019 par Olivia Burton.