Nouvelle direction

Depuis quelques mois je me prépare à diriger la MC93 à partir du 1er août 2015. Après avoir dirigé avec Vincent Baudriller pendant 10 ans le Festival d’Avignon, je suis honorée et fière de cette nouvelle responsabilité.

Par sa programmation artistique, sa réputation et son évolution, la Maison est emblématique des institutions culturelles françaises. Héritière des ambitieuses maisons de la culture voulues par André Malraux, portée par les collectivités locales, cette scène nationale occupe une place singulière puisqu’elle est à la fois un lieu de production au rayonnement incontestable et ouverte sur l’international depuis son origine. Etudiante, j’y ai découvert les spectacles de grands artistes de renommée mondiale d’ici ou d’ailleurs et des créations qui restent ancrées dans ma mémoire. La MC93 a connu une continuité dans sa direction, menée par des producteurs qui ont marqué l’histoire de la scène contemporaine. Je veux ici saluer le travail accompli par René Gonzalez, Ariel Goldenberg et bien entendu par Patrick Sommier qui fut également, avant d’en prendre la direction, conseiller artistique des deux premiers.

C’est donc d’une Maison porteuse d’une histoire glorieuse dans le paysage théâtral français et forte de ses capacités d’avenir qu’il me faut assumer la responsabilité. Par sa situation géographique, la MC93 est un équipement culturel d’une ambition artistique exemplaire au cœur d’un territoire en pleine mutation et représentatif des défis de société que la France doit relever parmi lesquels tout particulièrement les questions de la jeunesse et de la diversité culturelle. C’est là que l’on peut vivre, penser et inventer une France dans une Europe ouverte sur le monde, imaginative et généreuse, porteuse de valeurs des droits de l’homme et confiante dans l’avenir.

J’ai fait la connaissance de l’équipe de la Maison. J’ai écouté des personnalités qui ont marqué son histoire me la raconter. J’ai commencé à explorer Bobigny, à rencontrer son maire et les élus du département. Je vais profiter de l’été pour arpenter le territoire, et continuer de rêver à cette Maison du théâtre au centre de la cité :

Tous les chemins et les routes d’une cité idéale mènent de manière plus ou moins directe en son centre. Là, il y aurait un « théâtre », ouvert. C’est parce que la cité idéale veillerait à fabriquer jour après jour sa représentation du monde et à la partager, qu’elle pourrait être tout à la fois dans le doute et la conviction. Le « théâtre » idéal serait un grand espace, constitué de différentes salles avec des capacités très variables. Ce serait un lieu où peuvent se rassembler des foules, mais aussi où se dérouleraient des conversations intimes. Ce serait une fabrique à spectacles, associant étroitement création contemporaine et pratiques de spectateurs, réunissant les mouvements d’éducation populaire et les avant-gardes artistiques. Laboratoire de nouvelles formes aussi bien sur les plateaux que dans la salle, s’inscrivant en cela dans l’histoire du théâtre public profondément marqué par l’utopie émancipatrice de l’art et s’appuyant sur la force symbolique de sa programmation artistique. Ce « théâtre » se penserait sur deux axes, celui qui accompagne les artistes comme celui qui accompagne le public. Ce serait un lieu cohérent, articulé et libre, permettant d’expérimenter des nouvelles manières de créer comme de nouvelles manières d’aborder l’œuvre. Naturellement la rencontre de tous les habitants de la cité idéale se ferait au sein de ce « théâtre » habité par eux, dont l’espace et les circulations intérieures seraient adaptés. Ce serait le cœur de la cité, le lieu du peuple et de sa convivialité.
Il y aurait des espaces dédiés à la création, secrets et relativement protégés de l’extérieur ; d’autres espaces en seraient contigus, ceux de l’école du regard, lieu de paroles, de transmission, lieu de travail, de confrontation tout à la fois. Artistes et spectateurs y circuleraient tour à tour, mêlés ou séparés, selon ce qu’ils y feraient.
Il ne s’agirait pas de communier autour d’œuvres d’art, il s’agirait de fabriquer du commun dans la capacité à chaque habitant de cette cité idéale de partager avec les autres une expérience esthétique, d’en éprouver leurs divergences et de les affronter. La cité idéale serait forcément complexe, faite de frottements, de cultures différentes, de générations en conflits. Mais au cœur d’elle-même, s’opèrerait à travers le « théâtre », la possibilité de vivre ses contradictions dans la douceur, au-delà d’une violence assumée et dépassée.


Avec l’équipe, nous profiterons du chantier de rénovation du bâtiment - qui se déroulera de septembre 2015 à janvier 2017 - pour préparer la réouverture et réfléchir aux moyens de donner vie à cette utopie d’un théâtre idéal dans la cité.

À partir de septembre 2015, avec différents partenaires, nous solliciterons la curiosité de tous en invitant ceux qui connaissent le théâtre à poursuivre leurs activités (festival des écoles, atelier des 200, sensibilisation dans les écoles, projets avec le conservatoire…) et en rencontrant ceux qui ne le connaissent pas pour partager notre passion et leur donner l’envie de le découvrir. Ainsi se dérouleront des ateliers, des rencontres, des séminaires ou des lectures dans la ville de Bobigny et aux alentours, tandis que des artistes invités prépareront leurs prochaines créations.

Des spectacles seront programmés à partir de septembre 2016, dans tout le département de la Seine Saint Denis, accueillis par des théâtres partenaires ou dans des lieux atypiques puis à Bobigny à la réouverture de la MC93 transformée, prévue début 2017.

J'espère qu’elle devienne alors la Maison des artistes qui y travailleront ainsi que celle de toute personne désireuse de rêver et d’apprendre. Que cette Maison au cœur de la ville soit ouverte et généreuse, qu’elle la métamorphose et nous transforme.

Hortense Archambault
1er juillet 2015