L'édito d'Hortense Archambault
L'édito d'Hortense Archambault
« Comme c’est étrange de se demander sans cesse à quoi on sert… c’est comme un malaise qui aurait saisi les artistes et les acteurs culturels qui les accompagnent, comme une manie qui nous rongerait tranquillement. Un doute plombant, pas de ces doutes salutaires qui nous font prendre conscience que l’on est pétri de préjugés et nous obligent à constater les inégalités comme des faits révoltants à combattre, non, un doute qui vous ramollit lentement et vous laisse bras ballants, sans confiance, ni vitalité.
Plus tard, on s’excusera d’être là, on sera d’accord pour prendre une place plus petite, de crier un peu moins fort, de ne pas déranger.
Or je peux vous dire que tous les jours je sais, je vois à quoi sert notre travail, à la MC93 ou ailleurs, dans d’autres théâtres petits ou grands que je fréquente.
Les spectateurs, les habitants nous le disent, « les spectacles et les théâtres rendent la vie et la ville plus désirables ». Nous sommes des centres d’entraînement à développer son esprit critique, à cultiver l’attention, à ne pas tripoter nos portables, à être en désaccord mais continuer d’échanger, à découvrir d’autres points de vue, à ouvrir nos curiosités, à saluer les morts et réparer les vivants. Ici on apprend que l’imaginaire est un muscle qu’il faut exercer et que la surprise sur les plateaux est douce face à la surprise des fils d’actualités qui sont souvent si brutaux qu’on souhaite juste s’en protéger.
Notre savoir-faire est de constituer des communautés nouvelles. Au cœur de nos activités, sur les plateaux, dans la salle, du début des répétitions à la représentation, on constitue une communauté active. Chacun travaille pour que chaque soir le spectacle ait lieu, dans la salle, en sollicitant son cerveau et son cœur, sur la scène et en coulisse pour mettre inlassablement nos métiers au service de cette alchimie et tenter de produire du revigorant, de l’étonnant, du bouleversant, de l’enthousiasmant, du questionnant, de l’obscur et du lumineux…
Inlassablement, on expérimente que ce n’est pas si difficile de faire société même en étant différents les uns des autres.
Notre travail tisse des liens avec l’hôpital, la Justice, le secteur social, l’Éducation nationale, les Affaires étrangères, l’urbanisme ou la recherche universitaire. Les artistes sont engagés dans toutes sortes de démarches au cœur de la ville et de la campagne, pour rendre compte du réel et le questionner.
Alors venez, moi je le clame, on sert à tout. »
Hortense Archambault, directrice
Bobigny, le 26 mai 2026












