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Magazine

Mandela

Entretien avec Xavier Marchand

Quelle est la genèse de ce projet ?

C’est la découverte de Conversations avec moi-même, qui emprunte son titre à Marc-Aurèle, un ouvrage rassemblant différents écrits de Nelson Mandela : des conversations avec le journaliste américain Richard Stengel, en 1990, dans le but de compléter son autobiographie écrite en prison ; des lettres écrites en détention, qui m’ont particulièrement touché, et puis ses agendas, avec des notes sur des sujets variés… Ces textes m’ont donné l’envie de lire Un long chemin vers la liberté, l’autobiographie de cet homme dont je ne connaissais, comme la plupart des gens je crois, que la figure héroïque de plus vieux prisonnier du monde. J’ignorais tout de son parcours.

"Mandela répète à longueur de chapitre que tout seul, il ne serait pas arrivé à grand-chose. C’est ce dont le spectacle essaie de rendre compte."
 

Qu’est-ce qui vous a particulièrement intéressé dans ce parcours ?

Ce n’est pas un parcours uniforme, mais chaotique autant qu’épique. Depuis son enfance dans le Transkei, une région rurale très isolée de l’Afrique du Sud, jusqu’à sa désignation comme ennemi public numéro 1 et son incarcération pendant 27 ans, ce chemin fut parsemé d’embûches. Mandela s’est permis, dans son autobiographie, d’attester de ses doutes, des erreurs qu’il a pu commettre et des questions très intimes qu’il se pose sur le fait d’avoir choisi le combat politique au détriment de sa famille, qui a beaucoup souffert… Cette juxtaposition de l’intime et de l’histoire est fascinante.

J’ai aussi découvert l’évolution de sa réflexion politique qui, d’abord basée sur la non-violence, l’a mené, vu les conditions coercitives dans lesquelles le régime plaçait les opposants à l’apartheid, à envisager un changement de stratégie vers la lutte armée. C’est à lui qu’a été confiée l’organisation de la branche armée de l’ANC. Quand on voit les photos de Mandela au moment où il était au cœur de la lutte, ce n’est pas du tout le vieux monsieur souriant dont on a l’image, artisan paisible de la réconciliation.

Enfin tout le livre montre que la chute de l’apartheid n’est évidemment pas l’œuvre d’un seul homme mais d’un groupe qui s’est constitué au fil des rencontres et a formé un ensemble de têtes pensantes, des compagnons de lutte puis de prison où ils sont restés pour la plupart un quart de siècle. Mandela répète à longueur de chapitre que tout seul, il ne serait pas arrivé à grand-chose. C’est ce dont le spectacle essaie de rendre compte.

Comment ce spectacle prend-il place dans votre parcours de metteur en scène ?

J’ai toujours admiré les gens qui ont dit non à des systèmes qu’ils trouvaient coercitifs, racistes ou oppressifs et contre lesquels ils ont passé leur vie à lutter. En 2015, j’ai consacré un spectacle à l’ethnologue française Germaine Tillion qui a parcouru l’Algérie alors qu’elle était jeune ethnologue, dans les années 30, puis pendant la guerre d’Algérie et qui fut également résistante pendant la seconde guerre mondiale. Déportée à Ravensbruck, elle n’a eu de cesse d’essayer de comprendre le système concentrationnaire, partant du principe qu’il faut mettre à jour les principes du système dont on est prisonnier, pour commencer à envisager d’y résister.

S’agit-il d’un biopic théâtral ?

Le cinéma l’a déjà fait et ce n’est pas mon envie. On va suivre le fil chronologique de sa vie mais il n’est pas question d’en faire uniquement une figure de héros. Dans la conception de la mise en scène et de la dramaturgie, on met en scène le groupe dont à un certain moment il a pris la direction. Je ne voulais pas me contenter de cette vie légendaire et héroïque puisque son livre précisément bat cette idée en brèche. Il s’agit d’enrichir l’image du personnage qui est à mon sens complexe : très chrétien, accusé longtemps d’être communiste alors qu’il a longtemps lutté contre les communistes. Au fur et à mesure de son développement, il s’est construit en tant que politicien et il a su faire des pas de côté comme, par exemple, lorsqu’il décida, seul, d’entamer les négociations avec le gouvernement.

Cela dit, le parcours de Mandela et de ses compagnons suscite mon admiration. Ils étaient d’une très haute stature morale. Un seul exemple : lors du procès de Rivonia, ils risquaient la peine de mort et ils ont pourtant décidé de ne pas faire appel, quel que soit le verdict, pour ne pas donner aux masses qui les soutenaient, le sentiment qu’ils abandonnaient la cause pour sauver leur vie. La dimension de ce groupe d’hommes est assez rare pour des politiciens.

"L’apartheid institutionnel s’est prolongé en apartheid économique. Et le chemin à parcourir semble encore bien long."
 

Quels sont les principes de l’adaptation ?

Le texte du spectacle s’appuie sur les chapitres de l’autobiographie et y incorpore des éléments de Conversations avec moi-même, principalement des lettres écrites en prison et des échanges que Mandela a pu avoir avec le journaliste ou avec ses camarades de détention Walter Sisulu et Ahmed Kathrada. Sa parole est redistribuée entre les quatre comédiens sur scène dont le travail essentiel est de raconter cette histoire. On cherche un équilibre entre le récit et les scènes jouées. La difficulté et l’intérêt du projet consiste à alterner de brèves incarnations et un travail de conteur, dans un permanent va-et-vient. De la même façon, le récit s’appuie à la fois sur des archives réelles, des photos et des coupures de journaux de l’époque, et des images plus contemporaines.

Vous êtes partis en Afrique du Sud en 2019. Qu’avez-vous vu de l’héritage de Mandela sur place ?

Son image est omniprésente, sur tous les supports : murs de ville, chemises, cravates, boîtes de thé ! L’utilisation commerciale de sa figure fait parfois un peu mal. Quant à son héritage, si personne ne remet en cause le formidable parcours qu’il a accompli et qui a contribué à faire tomber le régime de l’apartheid, en revanche certains, qui ont connu l’apartheid enfants, sont plus critiques à l’égard des années d’exercice du pouvoir. D’autres, nés plus tard, voyant l’état du pays aujourd’hui, lui reprochent d’avoir trop manié le consensus si bien que les structures présentes sous le régime d’apartheid n’ont pas tant changé que ça. C’est un des pays les plus inégalitaires au monde où la terre et les entreprises appartiennent encore à 90% aux Blancs. L’apartheid institutionnel s’est prolongé en apartheid économique. Et le chemin à parcourir semble encore bien long.

Propos recueillis par Olivia Burton