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Magazine

Omma

Entretien avec Josef Nadj

Pour vous la scène est un lieu de rencontre qui peut mettre en contact des formes artistiques diverses. Avec Omma peut-on dire qu'il s'agit d'une rencontre avec un continent, en l’occurrence l'Afrique ?

Josef Nadj : Absolument mais aussi une rencontre avec le jazz noir américain, cette musique qui m'a façonné depuis toujours, dont l'origine est totalement liée au continent africain par le biais des terribles pratiques esclavagistes. Cette musique est née d'une rencontre entre les chants africains et les instruments de musique occidentaux. C'est une rencontre avec la culture africaine, les cultures africaines, que j'avais programmée de longue date et que je n'avais pas encore pu réaliser. Il a fallu un voyage de plusieurs semaines au Mali, dans le pays Dogon, avec Miquel Barcelo pour que je découvre ce monde à part qui reste encore très étranger aux influences de l'Occident. J'ai voulu créer un espace où pourrait avoir lieu un échange entre mon bagage culturel européen et celui des danseurs africains avec qui je voulais travailler. J'avais envie et besoin d'un renouvellement dans mon travail, d'aller vers une épure, et cette rencontre m'a permis de réaliser ce désir.

Comment avez-vous rencontré les danseurs ?

J'ai passé des annonces en précisant que je cherchais des danseurs africains possédant déjà des techniques de base. Parmi tous ceux qui se sont présentés, certains avaient déjà travaillé avec des chorégraphes occidentaux, d'autres pratiquaient la danse dans des groupes de danse urbaine, un autre avait un très gros bagage dans l'art de l'acrobatie, la plupart connaissaient les danses traditionnelles des différents pays africains dont ils sont originaires, six pays étant représentés sur le plateau par les huit danseurs que j'ai choisis. Tous ont grandi dans ce monde culturel africain, très divers, que je voulais retrouver sur le plateau. J'avais besoin de leur propre vécu pour réaliser ce spectacle.

"Je voulais trouver un état d'innocence avec mes interprètes, un état que nous puissions partager."
 

Une fois réuni ce groupe d'artistes, comment avez-vous travaillé ?

Sur ce terrain nouveau que je ne connaissais pas j'ai été obligé de modifier certaines de mes pratiques de travail. Je voulais trouver un état d'innocence avec mes interprètes, un état que nous puissions partager. Je voulais en quelque sorte redécouvrir avec eux les fondements de la danse. Cela demandait un effort de ma part mais aussi de leur part bien sûr. Il fallait que nous soyons à égalité pour que ce projet ait un sens. Je devais repenser mes propositions formelles en leur demandant très vite d'effacer celles qu'ils me proposaient et qui venaient naturellement de la façon dont ils avaient travaillé précédemment. Dans un premier temps nous avons donc axé les répétitions sur ce que leur corps pouvait exprimer de la mémoire du vécu qu'il possédait et qu'il n'avait quasiment pas utiliser précédemment dans les spectacles auxquels ils avaient participé. Je voulais capter ces traces de mémoire pour constituer un ensemble de « matières premières » qui est devenu la matrice même de notre travail. Nous avons pu réinventer une sorte de rite contemporain en épurant les propositions qu'ils me faisaient. Le plus important était de créer un groupe réunissant tous ces vécus différents, une sorte de chœur dont pouvaient s'échapper par instant des parcours individuels. C'est cet équilibre entre proposition chorale collective et proposition personnelle qui devait s'imaginer sur le plateau. Le chœur devait envelopper les vécus de chacun des interprètes, pas les effacer ou les banaliser.

Vous avez constitué des tableaux successifs ?

Je proposais des situations pour créer des motifs plus que des tableaux, à partir desquels ils faisaient des propositions. Ces motifs correspondaient à des moments de vie que nous pouvions partager. Par exemple, je suis issu d'une famille de paysans et nous avons donc travaillé sur les gestes de ceux qui travaillent la terre. Malgré l'éloignement géographique de nos pays les gestes sont quasiment semblables. Creuser, semer, cultiver les plantes puis les arracher, cela fait partie d'un patrimoine commun. Le rapport aux animaux ou à la nature aussi, nature bénéfique ou agressive... Les histoires des communautés rurales sont souvent identiques et nos imaginaires sont vite apparus comme très semblables.

Comment ont-ils vécu cette expérience très nouvelle pour eux ?

Il fallait que très vite une grande confiance s'établisse entre eux et moi et heureusement ce fut le cas, au-delà même de ce que nous pouvions espérer. Au terme des répétitions nous avions le sentiment de nous connaître depuis une éternité. Je crois que le spectacle est tout à fait à l'image de cette complicité qui s'est installée rapidement entre nous. Bien sûr il y a eu des obstacles sur notre route mais nous avons appris à les contourner pour résoudre les difficultés. Nous avons vérifié mille fois la justesse d'un mouvement ou d'une place sur le plateau, ils ont été à l'écoute de mes propositions parce que moi-même je les écoutais, je les regardais avec une grande attention. Ils ont été d'une immense générosité, ils ont mis une énergie incroyable à répondre à mes demandes. Sans doute parce qu'ils se sentaient bien sur le plateau. Ils sont d'une grande précision, d'un grand sérieux, d'une grande rigueur car ils savent que je ne leur ai pas volé la puissance qu'ils dégagent. Je l'ai juste mise au service de ce projet qui est devenu notre projet commun. La mise en forme continuelle des improvisations leur a permis de construire un trajet collectif qui ne brime pas leurs personnalités mais au contraire les met en valeur.

Il y a une partition musicale qui accompagne les danseurs. Comment l'avez-vous créée ?

Ce sont des morceaux qui viennent de mon énorme discothèque personnelle. J'ai écouté des heures de musique pour choisir ce qui me semblait le plus juste par rapport à ce que j'imaginais avec les danseurs sur le plateau. J'avais constitué un corpus musical qui aurait pu accompagner au moins deux spectacles. Donc au fur et à mesure du travail sur le plateau j'ai éliminé ce qui ne me paraissait moins pertinent et je n'ai gardé que ce qui accompagnait au mieux notre récit dansé. En particulier les œuvres d'un compositeur suisse, Lucas Nigli, qui travaille avec des musiciens africains, ce qui me paraissait correspondre directement à notre propos. Bien sûr la dominante vient du jazz.

Il y a peu de mots dans votre spectacle...

Non et je ne voulais pas qu'ils soient absolument compréhensibles mais plutôt qu'ils soient intuitifs. Il y a beaucoup d'onomatopées dont les danseurs se sont emparés pour les chanter, les psalmodier. Par contre le titre du spectacle est un mot grec car si nous voulions travailler sur les origines, sur les traces originelles, il fallait une référence à ce qu'il y a de plus ancien dans le théâtre. Omma en grec ancien veut dire « voir ». Notre langage est corporel et musical beaucoup plus que textuel. Les mots ne doivent pas affaiblir le propos.

Propos recueillis par Jean-François Perrier en mars 2019.